Portrait de Takuro Kuwata

Rivalisant avec les arbres d’un parc londonien, deux sculptures imposent leur volume gourmand. L’artiste éclaire de quelques réponses ces mystérieuses et titanesques présences.

Takuro Kuwata est né au Japon. Il s’est formé au Japon. Il est basé au Japon. Malgré une visibilité aujourd’hui importante aux États-Unis, en Belgique, en Angleterre et bien-sûr dans son pays natal, notamment grâce à ses galeries Salon 94 à New York, Pierre Marie Giraud à Bruxelles, Alison Jacques à Londres et Kosaku Kaneshika à Tokyo, il est surprenant de constater que cet artiste n’a à ce jour disposé d’aucune exposition en France. Outre-Manche, ce sont deux œuvres monumentales qui l’ont fait connaître du public à l’occasion de Frieze Sculpture, le parcours en extérieur proposé par la célèbre foire dans Regent’s Park. Au sein de ce jardin très fréquenté, d’immenses statures trônaient impassiblement, massives dans leur mutisme. Leur surface éveille beaucoup d’interrogations. Leur largesse laissent imaginer l’ampleur des fours. La magie du feu imprègne encore ces silhouettes géantes dont les corps de lave sont hérissés par d’onctueux dégoulis. Leur aspect pastel et crémeux contraste avec la rocaille brute sur laquelle ils trouvent support. Pour en apprendre davantage sans rien éteindre de l’énigme de cette production, il faut avant tout savoir qu’elle prend forme dans les contours élémentaires du bol. Objet essentiel de la cérémonie du thé, le récipient permet de servir et de boire, d’offrir et de recevoir. Takuro Kuwata part ainsi de cet ustensile épousant le creux des paumes jointes, comme d’une base pour s’épanouir à toute échelle. Il suit pour cela la technique du « Tebineri » consistant à empiler des colombins d’argile les uns sur les autres pour aboutir à un contenant réalisé sans tour. Ce procédé ancestral autorise des dimensions ambitieuses, et le travail de Takuro Kuwata semble en cela exponentiel. Alors que ses plus grandes céramiques atteignent déjà trois mètre de haut et la moitié en circonférence, l’artiste confie que les prochaines étapes pourraient bien être architecturales.

Publié page 51 du numéro 219 Mars Avril 2018 de la Revue de la Céramique et du Verre

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