Serra et Brancusi en trois villes

L’actualité internationale souligne ces mois-ci l’excellence de deux démarches, et la richesse de leur confrontation. Le premier est né en 1939, le second est mort en 1957, mais les décennies qui séparent leurs réalisations n’empêchent en rien un dialogue fécond qui s’instaure entre deux idées de l’élégance sculpturale. L’Américain Richard Serra et l’Européen Constantin Brancusi, leur production mise en regard, provoquent une réflexion sur la délicatesse et son calme surgissement dans l’espace. Musées et fondations à Paris, Bâle et New York se complètent aujourd’hui dans la célébration de deux genres d’érection.

L’initiative est inédite. Sur des murs noirs, l’accrochage révèle aux spectateurs la pratique photographique et filmique de Constantin Brancusi. Plus que documentaire, cette puissance iconographique affirme un art du regardeur, entreprise d’une modernité folle. Les visées sont précises. En plus de nous livrer l’objet de la contemplation, l’artiste nous en indique dorénavant la manière. Et derrière l’image qui défile, il faut envisager des mètres de pellicule impressionnée par le motif d’une de ces fameuses colonnes, cortège de vignettes traçant une ligne continue sur la gélatine, pour formuler finalement, l’accomplissement du projet sculpté.

jusqu’au 12 septembre 2011
Galerie du Musée – niveau 4
Centre Pompidou
Place Georges Pompidou – 75004 Paris
Tél. : 01 44 78 12 33
du mercredi au lundi de 11h à 21h

Outre les chantiers de ses verticales en plein air, cette production est circonscrite à l’intérieur de l’atelier, camera s’il en est. On connaît l’importance accordée par le tailleur à son espace de création, qu’il lègue à l’état français avec son contenu complet en 1956. Aujourd’hui, il est fascinant d’observer cet environnement reconstitué au Nord de la Piazza, annexe souvent négligée par le visiteur, et conçue selon les volontés de l’artiste, par Renzo Piano, vingt ans après l’inauguration du bâtiment principal.

Atelier Brancusi
Place Georges Pompidou – 75004 Paris
Tél. : 01 44 78 12 33
du mercredi au lundi de 14h à 18h

C’est ce même architecte qui pensa l’écrin suisse de la collection d’Ernst Beyeler, incluant sans les avoir jusque-là rapprochées de façon aussi manifeste, des pièces de nos deux sculpteurs. L’enrichissante résolution d’une union radicale trouve ici un contexte pour exceller. Associer pour cet évènement l’austérité de Richard Serra à celle de Constantin Brancusi éveille une somme insoupçonnée de sentiments et d’interrogations. Leur proximité dans l’accrochage n’est pas systématique, et chacune des deux signatures trouve régulièrement une salle à occuper intégralement. D’abord, apparaissent des contradictions plastiques évidentes : l’oxydation contre le polissage, le métal contre la pierre, le monolithique contre l’assemblage. On sent bien qu’entre les œuvres de l’un et de l’autre ne s’opère pas un copinage bavard mais bien un rapport tendu, d’une précision exquise.

jusqu’au 21 août 2011
Fondation Beyeler
Baselstrasse 101 CH-4125 Riehen / Basel
Tél. : +41 (0)61 645 97 00
du jeudi au mardi de 10h à 18h et le mercredi de 10h à 20h

Et en trois points de la ville, sur le Theaterplatz, le Novartis Campus et dans le Wenken Park, on peut toujours se confronter au gigantisme de sculptures implantées dans l’espace public, et prolonger le souvenir des plaques flanquées dans la chape du Grand Palais lors de la deuxième édition de Monumenta en 2008.

De l’autre côté de l’Océan Atlantique, c’est en sa patrie que Richard Serra jouit d’une rétrospective de son œuvre dessiné. Rien ne raccroche ces pièces graphiques aux lignes fluettes souvent caractéristiques de ce médium. Le trait pénètre, franchement. Usant d’encres noires qui imbibent le papier en épaisseur, l’artiste travaille son support à la limite de la défiguration. La fibre végétale prend des allures métalliques. L’homme soumet là encore son matériau en affirmant une puissance toute virile, maîtrisant de larges feuilles dans des bains définitivement sombres. Il en résulte une suite homogène d’estampes lourdes et intenses.

jusqu’au 28 août 2011
Met (The Metropolitan Museum of Art)
1000 Fifth Avenue at 82nd Street New York – NY 10028-0198
Tél. : +1 (212) 535 7710
le dimanche et du mardi au jeudi de 9h30 à 17h30 et du vendredi au samedi de 9h30 à 21h

Le marchand Larry Gagosian accompagna l’institution par l’improvisation en quelques salles sur son site de Madison Avenue, d’un accrochage de formats modestes mais toujours vigoureux, voisinant avec de discrètes compositions de Cy Twombly, mort si récemment.

Gagosian Gallery Madison Avenue
980 Madison Avenue New York – NY 10075
Tél. : +1 (212) 744 2313
du lundi au vendredi de 10h à 18h

Et dans une mélancolie brumeuse, il ne reste qu’à remonter l’Hudson sous les nuages en suivant les rails jusqu’à Beacon où siège depuis 2003 une belle partie de la collection de Philippa de Menil & Heiner Friedrich. Parmi d’autres trésors de maîtres américains conservés dans des espaces d’une envergure rare, réside une immuable succession d’œuvres arborant cette manifeste couleur bordeaux, flamboyante lorsque le soleil le veut, semblant se bonifier avec le temps comme les meilleurs vins. Si Constantin Brancusi s’élève vers l’infini, Richard Serra installe une forme d’éternité.

Dia:Beacon
Riggio Galleries
3 Beekman Street Beacon – NY 12508
Tél. : +1 (845) 440 0100
du jeudi au lundi de 11h à 18h

Consulter l’article publié le 01.08.2011 sur Artnet.fr

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