Azur et Bermudes

Une exposition avec des œuvres de Caroline Achaintre, Julie Béna, Jean-Baptiste Bernadet, Amélie Bertrand, Charlotte Denamur, Marc Desgrandchamps, Maude Maris, Stéphanie Nava, Eva Nielsen et Laurence Owen
du 1er au 9 septembre 2018
dans le cadre d’Art-O-Rama au J1 à Marseille

En 1917, les fondateurs de Moly-Sabata séjourneront neuf mois aux Bermudes pour y célébrer leurs noces. Un siècle plus tard avec un horizon bleu à portée de vue, cette initiative réveille le souvenir caraïbe d’Albert Gleizes et Juliette Roche exportant le cubisme sous les tropiques. Ce voyage accompagne le déménagement de la foire qui surplombe dorénavant le port, et convoque la fantaisie d’un triangle imaginaire, la décontraction d’un vêtement ni trop court ni trop long, et la réalité d’un paradis fiscal. L’exposition réunit à cette occasion une dizaine d’artistes ayant participé au programme récent de Moly-Sabata, fédérée par une commande d’éléments en céramique de Laurence Owen, qui permettent l’accrochage de leurs œuvres.

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Portrait de Maude Maris

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Maude Maris peint le volume des images. Elle poursuit un élan initié à Paris l’année passée, qui l’emporta à scruter quatre pères de la sculpture moderne en prenant leur usage de la photographie pour visée. Cette résolution fascinée par la révolution des modelés, s’est traduite dans sa peinture par de nouvelles textures. Pour aiguiser plus encore son attention, la peintre fixe aujourd’hui son objectif sur une muse britannique.

Barbara Hepworth surgit en plein vingtième siècle, radicale et maternelle. C’est une femme qui milite pour un anonymat de genre en matière de création. Pour elle, l’art n’est ni masculin ni féminin, il est bon ou mauvais. Faisons-lui plaisir en nous attardant davantage sur l’œuvre que sur la figure qu’elle représente pour des générations de tout sexe. Son humanité réussit à s’incarner en une abstraction optimiste et libre.

Maude Maris trouve en elle de quoi traverser les flots pour cueillir sur le terrain une lumière, une bise, de celles qui enveloppèrent l’égérie au travail, dans sa détermination. Ces conditions naturelles façonnent l’épiderme minéral des ouvrages autant que le burin. Objets dans le paysage, ils sont offerts au soleil et au vent. Tout autre élément voulant rajouter son empreinte est invité à le faire.

Barbara Hepworth œuvrait en extérieur, souvent. Le jardin était son atelier et la météo fluctuante en Cornouailles contribuait à modeler ses statures. Sa production est éminemment tactile et s’enthousiasme du désir de toucher qu’elle provoque. La main est omniprésente, qu’elle soit explicite en tant que motif ou évoquée par la réserve des courbes. Ainsi la volupté s’imbrique en nos paumes.

Maude Maris échauffe par ses composition, les capacités de l’œil préhensile. Des éléments sont saisis sur des fonds un peu plus accidentés cette fois, toujours matiéristes, presque fougueux parfois, recalibrés par rapport à leur prédécesseurs jusque-là plus discrets. Leur superficialité se confie par des cadrages laissant deviner les coulisses de la prise de vue, respectant en ces miniatures une luminosité du dehors.

Barbara Hepworth ne faisait de maquette que lorsque ses commanditaires le lui demandaient. Car si celle-ci s’avérait réussie, c’était le risque qu’elle soit ratée une fois agrandie. Aucune hiérarchie ici ne divise les éléments d’une production par leur taille, travaillés justement selon une grande diversité. Les différentes échelles se félicitent au contraire de la relativité qu’elles alimentent alors, charmantes, tragiques.

Maude Maris décontracte ses protocoles en piochant plus librement dans les archives photographiques de la Dame. Et sa définition de l’espace de travail s’élargit simultanément. L’horizon apparaît bas et une plus grande surface est dédiée aux arrière-plans, donnant de fait aux tableaux un plus grand front. Une typologie inédite d’objets, notamment mous ou plats, s’y détachent pour mieux afficher leur flagrante filiation.

Barbara Hepworth dessinait en bloc opératoire. C’est à l’hôpital que la réalité de la vie s’offre dans ce qu’elle a de plus concret et de plus abstrait. Les outils du praticien triturent les chairs au cœur d’une coopération harmonieuse. Une fascinante synergie existe entre le geste et l’instrument, portée par la fonction réparatrice du labeur. Transformer plutôt que générer. Une légende dit que l’artiste fut la première à trouer le modernisme.

Maude Maris se revendique d’une telle netteté chirurgicale. Elle découpe le monde pour en réagencer sa version sur la toile. Au sein de nouvelles peintures de différents formats, elle affirme cette attraction à tourner autour des choses, en en immortalisant plusieurs pauses. Si l’idéal relève de l’équilibre et de l’unité, le regardeur doit être capable par sa mobilité d’en saisir la constante vitalité, ni de profil, ni de face.

Publié à l’occasion de la première exposition personnelle de l’artiste en Grande-Bretagne chez Pi Artworks, London

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↑ Maude Maris, When Memory is Full, (a homage to Emily Dickinson), 33 x 24 cm, huile sur toile, 2018 © L’artiste

Maude Maris’ paintings delicately convey sculpture to images. She is acting upon the curiositiesthat began last year in Paris, of which led her to examine four pioneers of modern sculpture, by observing their use of photographyand as a result, is inspired by the revolution of the modelled contours, whichhas translated into her painting bringing forth the use of new textures. In order to sharpen her attention even more, today the painter focuses on a British muse.

Barbara Hepworth suddenly appeared in the twentieth century, as maternal and radical. That’s a woman who strives for the anonymity of the genre in terms of its creation. For her, art is neither masculine, nor feminine; it’s either good or bad. Let us celebrate the oeuvre, as well asthe figure that she represents for all the generations, regardless of their gender. Her humanityis successfully embodied in this free and optimistic abstraction.

Maude Maris thus, finds in Barbara’s work the energy to crosswaters,grasping to groundthis light which is so gently caressedby the Cornish coastal breeze; the kind of which enveloped this determined icon to work. These natural conditions shape the mineral epidermis of these pieces as much as the chisel does. Objects within this landscape, offered to the sun and to the wind. Every other element wanting to add its mark is invited to do so.

Barbara Hepworth frequently worked outdoors. The garden served as her studio, and the fluctuating weather of Cornwall contributed to the modelling of her statues. Her production is intentionally tactile, provoking the desire to touch. The hand is omnipresent, and it is in some case explicit as the motive, whereas on the other hand evoked by the reserve of curbs. Thus, the voluptuousness implants itself in our hands.

Maude Maris stimulates through her compositions, the prehensile capacities of the eye. New elements appear on the background of the paintings this time, far less calculated but always matter-oriented. Sometimes even fiery and re-calibrated in comparison to their more discreet predecessors. Their superficiality is confined by the framings, which let us guess the existence of the backstage of the shooting, through respecting the luminosity of the outdoors in these miniatures.

Barbara Hepworth never made a model for her sculptures unless she was commissioned.Because even if this one proved to be a success, it was the risk that it would be a failure once enlarged. Here, no hierarchy divides the elements of a production by their size indeed worked with great diversity.On the contrary, every sculpture is relative to the other by their size. A small sculpture appears charming, whereas the large, tragic.

Maude Maris now relaxesher processesand carefully selects picksamong the photographic archives of the Lady more freely. Simultaneously, her definition of the space of work is expanding and gently lowering the horizon, and a greater surface is dedicated to the backgrounds, endowing the paintings with a larger physical appearancewith larger foreheads. Unedited typology of objects, especially the soft and flat ones, detaches itself in order to better present glaring filiation.

Barbara Hepworth drew from the operating theatre block. It is in hospitals, where the reality of life manifests itself in its most concrete and abstract form. The instruments of a practitioner are fiddling with the flesh at the core of some harmonious cooperation. Fascinating synergy exists between the gesture and the instrument, brought by the restorative function of such labour. To transform rather than create. As legend says, it was an artist, who first probed The ‘hole’ in modernism.

Maude Maris claims allegiance to this chirurgical cleanliness. She slices the world in order to rearrange a new version of it on the canvas. Within these new paintings, with varying sizes she affirms that attraction towards the subject matter.To walk around the objects, to observe them from different perspectives, immortalizing within a sequence of several pauses. If the ideal is born out of balance and unity, through their mobility, the viewer must be capable of grabbing that constant vitality, not simply a profile or a face.

Portrait de Maude Maris

Maude Maris peint le volume des images. Elle dérange aujourd’hui les curseurs de son système de représentation en considérant de plus près encore, la majesté de la sculpture. Sa nouvelle série de peintures invoque ainsi quatre maîtres ayant contribué à la modernité du genre, depuis l’intimité de leur espace de travail. Tous confessent un usage de la photographie comme révélateur de leurs œuvres.

Auguste Rodin aimait faire visiter sa collection d’antiques à la bougie. L’éclairage théâtral laissait naître successivement toutes les formes du marbre, vivifiées par la lueur chancelante de la flamme et par la marche de l’éclaireur. C’est par ce double truchement lumineux, que les chefs-d’œuvre surgissaient, blanc sur noir, pierre sur nuit.

Maude Maris saisit cette pleine compréhension des formes, par une facture d’une rugosité nouvelle. Toute la minéralité chère à notre peintre résonne avec le procédé-même du développement argentique des tirages anciens, et autres alchimies de lumière. En son laboratoire, elle génère des émulsions rêches, recalibrant son habituelle résolution.

Antoine Bourdelle a concentré sur son Monument de Montauban, l’essentiel de ses recherches iconographiques. Ses sept cents clichés sont autant de plans pour mieux manifester l’illusion du mouvement, folioscope qui excite notre persistance rétinienne. Familier des théories du cinématographe, l’artiste offre à son monolithe, une continuité narrative.

Maude Maris, par cette triangulation entre les médiums, désamorce la position frontale imposée à toute toile. Le point de vue unique s’enrichit du feuilleté de ses sujets, peintures de photographies de sculptures de sculpteurs photographiant. Les filtres évitent l’exhibition de ce qui est en jeu au sein de l’atelier. Ces secrets intriguent justement notre observatrice, obscénité de la pénétration des choses ou de leur accouchement.

Constantin Brancusi a accompli son appétit d’infini par le film, hors des contingences des matériaux et de leur pesanteur. L’invention promettait à sa Colonne sans fin une perspective inouïe grâce aux métrages de la pellicule et à la magie du reste. Érection dans l’objectif, le visionnaire imprima sur la surface gélatineuse, l’image de motifs décuplés en une verticalité jamais atteinte jusqu’alors.

Maude Maris reste attentive à ces endroits, ces moments, où tout ne tient pas encore. Si elle furette dans les coulisses des Grands, c’est qu’elle y trouve la figure d’une vulnérabilité, le risque d’une stature précaire, et toutes ces astuces pour en préserver la tenue. Étais, béquilles et échafaudages forment une enveloppe graphique rassurant les masses. Le monde a un poids. Le voici portraituré avec pour fond, la clarté du plâtre ou l’obscurité de fresques éteintes.

Henry Moore exploite la photographie avec discrétion, outil pour caler l’échelle de ses odalisques. Par des montages, il ajuste leur rapport au paysage. Ces collages lui ont prodigué un recul efficace, quand son corps-à-corps avec la matière ne suffisait plus. Entre miniature et monumental, il s’agit de reformater un juste équilibre.

Maude Maris aligne ici en un sobre accrochage, une dizaine de rectangles. Chacun d’entre eux nous emporte pourtant au cœur de leur superficie. Ainsi, le profil contrairement à la face, statique, invite au contournement. Cela réclame un pas de côté, un magnétisme de la périphérie. Dans l’optique d’une volupté à embrasser, ça tourne.

Publié à l’occasion de la troisième exposition personnelle de Maude Maris à la Galerie Isabelle Gounod, Paris

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Maude Maris, France, 120 x 90 cm, huile sur toile, 2017 – Courtoisie de l’artiste et de la Galerie Isabelle Gounod, Paris

Chronique Maude Maris au Vog à Fontaine

Maude Maris (française née en 1980) restitue trois mois de résidence par cette exposition risquée, pour laquelle l’artiste s’aventure à montrer des sculptures inédites, mais surtout des peintures neuves, relevant d’une méthodologie laissant davantage place aux bonheurs de la peinture nue. La tension des formats se déplace, et prodigue au-delà d’une virtuosité photogénique, de nouvelles excitations plastiques. Ces réglages, cette résolution, ouvrent encore de futures voies à un travail toujours irrésistible.

Extrait de chronique Curiosité – 2016 semaine 08 – Malediction baudelairienne publiée le 22 février 2016

Chronique Maude Maris à la Galerie Isabelle Gounod à Paris

Maude Maris (française née en 1980) continue par la virtuosité de sa facture, à pétrifier des entassements sophistiqués. Elle complexifie avec cette nouvelle monographie des compositions déjà extrêmement calibrées. Leur netteté militante ponctue un accrochage sobre, soclé par un vaste sol couleur ardoise qui permet au spectre jaune qui baigne les tableaux, de mieux faire opérer son magnétisme.

Extrait de chronique Curiosité – 2015 semaine 42 – Ductilité publiée le 12 octobre 2015

Entretien avec Maude Maris

L’artiste n’est pas une machine. L’atelier n’est pas une usine. Pourtant, une productivité, disons une générosité, caractérise ton travail. Difficile d’assumer la pénibilité comme critère de qualité. Peux-tu développer ton rapport au labeur ?
C’est vrai que ma production peut sembler prolifique, sans doute parce que c’est à travers la série que ma recherche peut se développer et que de plus en plus je conçois ces séries comme des ensembles répondant à un contexte d’exposition. Pour autant il y a un temps nécessaire d’inactivité entre chaque série, on peut donc dire que le travail est concentré sur des périodes données, ce qui nous éloigne du sens du mot labeur, qui indiquerait un rapport au temps beaucoup plus long. Et finalement le plaisir de peindre et la joie de l’exploration surpassent toujours la dimension de pénibilité!

Le lien entre effort et satisfaction est fascinant. Gardes-tu tout ce que tu produis ? Y a-t-il dans ton processus, de la place pour la perte ?
Je garde presque tout, particulièrement en ce qui concerne les peintures, car si l’une ne me convainc pas, il y a toujours quelque chose d’intéressant à retenir. En cas de doute, je la conserve au moins une année avant de la détruire. Si le même sentiment est resté, je n’ai plus aucun scrupule à la faire disparaître et j’en garde toujours une trace photographique. Pour les installations, elles sont le plus souvent liées au lieu pour lequel elles sont conçues donc il est plus facile de les évacuer et en général je les recycle pour des projets ultérieurs.

A Moly-Sabata, seules tes peintures sont présentées. Elles affirment l’autorité du cadrage pictural. Envisages-tu la pratique de l’installation comme un voyage physique au cœur de tes tableaux ?
Oui c’est exactement ça, comme un retour au volume, à la troisième dimension qui est à l’origine de mes tableaux, avec un passage à une échelle encore différente, un moyen pour déplacer les choses dans le travail. C’est une sorte de cycle nourrissant, en parallèle de centres d’intérêts extérieurs. Le volume est donc présent avant la peinture, comme une entrée avec les petits moulages et comme une sortie avec les installations.

Vu le potentiel de sujets qui existent déjà autour de nous, pourquoi fabriquer toi-même ceux de ta peinture ?
Le fait de fabriquer le sujet de ma peinture s’est plutôt présenté comme une nécessité dans mes recherches qui étaient déjà orientées vers l’objet et son échelle, j’ai eu besoin de pouvoir manipuler l’objet, de le voir sous divers angles et de provoquer des surprises stimulantes durant son élaboration. Par ailleurs, ce processus est aussi témoin de mon intérêt pour la sculpture et de mon attention au passage entre deuxième et troisième dimension.

Ta facture est impeccable et revendique une exécution propre. Est-ce important de bien faire ? Quel rapport entretiens-tu avec cet appétit de bonne réalisation ?
Oui je considère que lorsqu’on développe un langage plastique on s’efforce de le mener le plus loin possible, or l’enjeu pour moi est de représenter de manière très réaliste des objets abstraits, ou peu reconnaissables. Donc pour créer cette tension il faut que la réalisation soit convaincante.

Finition, finitude. Peux-tu formuler quelques indices qui te signalent qu’une toile est terminée ?
Un équilibre spatial qui doit sembler fragile, une chromie légèrement dissonante. Le tableau doit pouvoir se regarder de près comme de loin, il doit y avoir une surprise à chaque distance.

Chronique Maude Maris chez Christian Aubert – Moments artistiques à Paris

Maude Maris (française née en 1980) investissait le temps d’un week-end, la propriété de ce bienveillant collectionneur qui l’ouvre ainsi chaque mois à un artiste depuis seize ans déjà. L’initiative permettait d’approcher un ensemble de peintures et de dessins. Les toiles de petits formats sont ces trésors dispersés, les grands formats étant soclés par d’heureuses strates de polystyrène au sol. Une passionnante série de grisailles sur papier révèle un processus inédit de composition par surfaces frottées renouvelant merveilleusement l’œuvre graphique de l’artiste.

Extrait de chronique Curiosité – 2014 semaine 15 – Ruiner publiée le 9 avril 2014

Outresol #2

Une exposition avec des œuvres de Jean Baptiste Bernadet, Rémy Brière, Mimosa Echard, Maude Maris, Lina Scheynius et sans John Armleder
signée avec Mathieu Buard
du 17 janvier au 16 février 2014
à L’île à Paris
sur une invitation de Johan Fleury de Witte

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crédit photographique Nicolas Brasseur