Lucien Petit

Lucien Petit est sculpteur. Son métier partage avec l’architecte l’ambition de construire, faisant sortir du sol des formes hospitalières. Les siennes se dressent sans répondre à aucun programme. Elles tiennent, empruntant parfois leurs contours à l’habitat, aussi rustique soit-il. Alors elles abritent un souffle. À chaque fois, une idée trouve refuge dans un volume, se loge à l’intérieur. Des statures bien bâties offrent l’asile. Temple, toute œuvre sert de réceptacle tangible pour contenir ce qui ne l’est pas. L’artiste fige une enveloppe pour mieux héberger le mouvant. Silhouettes austères et surfaces rugueuses affirment l’autorité de la stabilité, ancrée avec aplomb sur un plan dont elle conforte les perpendiculaires. Sur le promontoire de l’ostentation, des verticales paradent humblement, debout. Leur robustesse témoigne d’une nécessaire rigueur.

Lucien Petit est sculpteur. Son parcours témoigne d’une familiarité avec la céramique, dont il travaille le potentiel technique et plastique, autant qu’il en embrasse la philosophie. C’est bien-sûr le feu qui donnera toujours la dernière touche à ses pièces, que lui-même ne façonne pas forcément de ses mains seules. L’usage de gabarits permet d’obtenir des objets sans modeler directement la terre. Contrairement à l’utilisation du moule, une empreinte charnelle demeure. L’aspect manufacturé doit trouver sa juste mesure, pour maintenir l’état de la matière entre réflexion et spontanéité. Il faut s’autoriser à tâtonner, quitte à arrimer ses doutes. Formé à la porcelaine industrielle, l’artiste expérimenta diverses argiles selon le vaste éventail de leur traitement, pour aujourd’hui façonner principalement du grès dans son atelier installé dans les environs de La Borne, où il procède à des cuissons à bois. Depuis la motte malléable posée devant lui, jusqu’à la sortie du four, transpire une indéniable adresse.

Lucien Petit est sculpteur. Son vocabulaire réveille la modernité des maîtres du siècle passé. Une géométrie dicte le tracé de ses allures, nourries par la radicalité des avants-gardes autant que par la violence du brutalisme. Et à l’image de ces références récentes, il s’agit de creuser plus profond encore pour frôler les lignes irréductibles de cultures ancestrales. La solennité de ses figures résonne avec certains cultes séculaires, dont les rituels millimétrés imposent d’impeccables agencements. Un pareil cérémonial guide l’organisation de ses œuvres dans l’espace. Ainsi elles peuvent surgir par familles, qui paraissent bouger lorsque nous nous déplaçons autour d’elles, petites, moyennes et grandes semblant changer de taille selon le jeu de notre circulation. Cette stratégie cinétique dans l’ordonnancement des choses se doit d’être orchestrée avec fermeté.

Lucien Petit est sculpteur. Sa sensibilité s’est forgée au contact d’une lignée de personnalités, qu’elles aient orienté sa propre démarche ou bénéficié de son expertise, sans contradiction. Car c’est bien dans les deux sens que cela fonctionne, et la biographie de l’artiste nous fait percevoir l’éminence de la transmission des savoirs, par l’expérience. Il les reçoit. Il les donne. L’humanité partout est flagrante, incarnée dans des compagnonnages calibrés par le travail, parfois renforcés par l’amitié. Cheminant au fil des rencontres, les conversations se cultivent. Certaines seront indélébiles. Un intérêt pour le temps minéral, qui s’étale dans la durée hors de l’échelle personnelle, reste lisible jusque dans l’aspect de cette production aux textures convoquant les attentions de l’érosion. Parmi la plus immatérielle des forces en présence, la lumière caresse tout avec volupté.

Lucien Petit est sculpteur. Son élan exige à tout niveau des talents d’acrobate. S’aventurant entre le mécanique et le sensible, sa création atteint aujourd’hui un moment-clé. Cinq années de recherches signent déjà une étape, inscrite par l’installation de sa nouvelle fabrique à Boisbelle fin 2014. De bilans en perspectives, la période marque un pivot. L’artiste construira prochainement son propre four, lui permettant déjà d’envisager des pièces de plus grande taille. Des superlatifs s’annoncent. Une souplesse s’affirme. Des socles trônent. Le mouvement circule. Ses confidences évoquent défis et incertitudes, puissance et vulnérabilité. Toujours cette pondération, manifeste, à entretenir. Alors les humeurs balancent, harmonisant vides et pleins, consolidant l’équilibre primordial entre rectitude et sensualité.

→ Publié à l’occasion de l’exposition personnelle « Le geste sur pied » de Lucien Petit au Centre Céramique Contemporaine (La Borne)

Lucien Petit

Lucien Petit est sculpteur. Son parcours témoigne d’une familiarité avec la céramique, dont il travaille le potentiel technique et plastique, autant qu’il en embrasse la philosophie. Né en 1957 dans le centre de la France, il se forme à la faïence industrielle à Vierzon, puis voyage. Il met alors en place de nombreux projets aux côtés de son ami Daniel Pontoreau, et assistera ensuite Jacqueline Lerat durant quinze ans. Tout en développant une production personnelle, il partage volontiers son expertise auprès d’artistes tels que Katinka Bock, Fabrice Hyber, Bettina Samson ou Johan Creten pour la réalisation de pièces monumentales et expérimentales. Lui-même exploite la terre à différentes échelles, à partir d’un vocabulaire de formes irréductibles. Aujourd’hui, il façonne principalement des sculptures en grès dans son atelier installé dans les environs de La Borne, haut-lieu de la céramique depuis des siècles, où il procède à des cuissons à bois. Ses œuvres sont régulièrement exposées en France et à l’étranger. Il est représenté par Modern Shapes Gallery à Anvers (Belgique) qui en plus de promouvoir son travail dans les foires internationales, a déjà consacré plusieurs expositions personnelles à Lucien Petit.

→ Publié selon les besoins de l’artiste

Glaise rousse

Une exposition avec des œuvres d’Aaron Angell, Carlotta Bailly-Borg, Anne Dangar, Daniel Dewar & Gregory Gicquel, Jacqueline de la Baume Dürrbach, Rebecca Digne, Etienne-Martin, Maxime Fragnon, Ker-Xavier, Jacqueline Lerat et Lucien Petit
du 15 septembre au 28 octobre 2018
à Moly-Sabata / Fondation Albert Gleizes à Sablons

Le Pays Roussillonnais est qualifié jusque dans son appellation, par la couleur de sa terre. L’argile y existe par la présence du Rhône et résulte de l’érosion antédiluvienne du fleuve. C’est un matériau archaïque, identifié comme le tout premier à être façonné par l’humain. L’exposition GLAISE ROUSSE s’attache à partager une certaine idée du rustique, et des sophistications requises à sa mise en forme. Elle prend pour socle l’amitié entre deux potières, Jacqueline Lerat (1920-2009) et Anne Dangar (1883-1951). Lors de leur rencontre en 1942 à Saint-Laurent-les-Mâcon, Jacqueline encore apprentie découvrît en Anne une figure indépendante et visionnaire. Nourries par leur correspondance, chacune des deux artistes développera un vocabulaire marqué par la quête d’humilité en sa propre terre, le grès pour l’une à La Borne, la faïence pour l’autre à Moly-Sabata. Une dizaine d’artistes historiques et contemporains alimenteront aux côtés de leurs céramiques, un accrochage composé de peintures, sculptures, tapisseries et mobilier, dans une humeur rugueuse et délicate, austère et sensuelle.

En savoir plus

1DSCF39806891620Glaise rousse, vue de l'exposition avec Dewar & Gicquel, Etienne-Martin et Maxime Fragnon, commissariat Joël Riff, Moly-Sabata, 2018 - Courtoisie Galerie Loevenbruck (Paris)242830373940