Était l’été

Les taies, les lés,
et autres morceaux de tissus imbibés, forment une enveloppe libre, un trousseau sans châssis sachant tout couvrir de sa peau colorée et vigoureuse, protectrice. Ces reliques sans châsses réveillent des impressions encore fraîches, dans leur jus. Elles demeurent épidermiques. Les traits, les haies, et autres fragments de lignes franches, assurent une structure fiable. Celle-ci cadre, supporte, dresse et jalonne. L’ossature tient. La découpe incisive des pochoirs tranche. Des tiges frissonnent, plient, et ne rompent pas. Des confettis bien nets perforent la perspective. Tout ici concorde à réconcilier ces tensions classiques qui font la peinture, accouplant couleur et dessin.

Charlotte Denamur et Lise Roussel font corps.

Léthé étête,
depuis l’Antiquité, les souvenirs des mortels en personnifiant l’oubli au sein du panthéon hellénique. On la prend parfois pour un fleuve auquel s’abreuvent celles et ceux que ne se souviennent plus. Cette exposition au contraire, offre une image persistante. Son panorama atmosphérique étire la béatitude en un incessant ressac. Remémorons-nous, jadis, le découpage raisonnable d’une année humaine en quatre plages comprises chacune entre un équinoxe et un solstice. Après le printemps et avant l’automne, existait l’époque du sel, des étendues, de la fin des vacances, des gens nus, de l’eau glacée et du soleil brûlant, du vent chaud, du bruit des oiseaux, des matins clairs, des longues journées, des roseaux secs et de l’océan flamboyant.

Lise Roussel et Charlotte Denamur font corps.

Et tel l’éther,
cette substance qui remplirait l’espace pour permettre aux divinités de respirer, leur complicité nous comble. Elle nous inonde d’un sentiment d’extérieur qui se répand au dedans, une idée de paysage que l’on conserve en soi, un ciel interne parsemé d’astres. Malgré les dérèglements du monde qui surviennent de toute part, il s’agit par la contemplation de manifester une sensation estivale, même si l’insouciance et la volupté qui lui sont propres nous ont un peu échappé. Souvenons-nous-en, pour témoigner auprès des générations futures, de ce moment identifié par sa fructification et son ensoleillement maximal, alors que le climat conjugue pour l’heure cette saison à l’imparfait.

→ Commandé par la galerie pour l’exposition « Était l’été » de Charlotte Denamur et Lise Roussel à la Galerie Françoise Besson (Lyon)

Translation et rotation

Une exposition avec des œuvres d’Arnal, Gilka Beclu-Geoffray, Elisabeth Meyer, Baptiste Rabichon, Samuel Richardot, Octave Rimbert-Rivière, Lise Roussel, Superscript² et Sarah Tritz
du 30 août au 1er septembre 2019
pour Moly-Sabata à Art-O-Rama à Marseille
http://www.art-o-rama.fr

Dans les années 1920, alors que va poindre l’initiative de Moly-Sabata, Albert Gleizes ressent la nécessité de soumettre sa pratique artistique à des lois. Il isole deux principes fondamentaux dits de translation et de rotation, propres à l’avènement du tableau-objet. La règle gleizienne influencera ensuite plusieurs générations de disciples, appliquant cet exercice de composition. En hommage au cofondateur de Moly-Sabata, l’exposition « Translation et rotation » réunit une dizaine d’artistes passée par nos ateliers au fil des décennies, dans la célébration d’une géométrie joyeuse et d’une gymnastique picturale.

Chaque année, l’exposition hors-les-murs de Moly-Sabata est l’occasion d’inviter en résidence un.e artiste afin de produire une œuvre spécifique permettant de mieux donner à voir celles des autres. Après Lindsey Mendick en 2016, Aurore-Caroline Marty en 2017 et Laurence Owen en 2018, c’est le studio Superscript² qui a assuré cette commande en réalisant les cartels de l’exposition grâce à un procédé graphique expérimental conçu par le duo de designers.

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