Portrait de Florian Bézu

Pour commencer, j’aimerais évoquer la fin de la fête.

Florian Bézu nous invite d’emblée à prendre les choses à l’envers, à commencer par la fin, débuter par l’après, inverser les règles. Contrairement au cours habituel de l’exercice de l’interview, ce n’est pas lui qui répondra aux questions, mais bien à nous d’interroger l’absence manifeste de réponses, d’interpréter les rares réactions extraites de son monde minéral. Il y règne une temporalité autre, de ce devenir tellurique qui nous inflige un incontournable décalage horaire. L’un ou l’autre souffrira nécessairement d’un créneau d’acclimatation, selon celui qui finalement fera le voyage et traversera les frontières.
Car c’est bien un massif rocheux qui nous sépare du territoire développé par Florian Bézu. La perspective de son ascension est irrésistible, et les quelques éboulis qui nous en parviennent sont autant de trésors prisés. Ce qu’il retient en ces sommets, aucun accès n’y est pour l’instant vraiment permis. Ses confidences demeurent recluses en une forteresse de faïence émaillée, et satisfaisons nous déjà de jouir des éclats de ces surfaces, du mutisme des émaux qui les nappent, et de la rugosité cristalline de l’ensemble du terrain.
Toujours, cette croute. Les connotations de cet horrible mot, dans le domaine de la peinture particulièrement, trouve pourtant ici une concordance heureuse. Qu’elle soit de terre cuite ou d’un autre matériau poussé par les lois physiques et chimiques à la métamorphose, elle protège, mais signifie aussi un état transitoire. Pensons à l’enfant masochiste qui, blessé, gratte systématiquement cette plaque croustillante de sang coagulé, plus ou moins conscient qu’un tel acharnement empêchera la plaie de se soigner.
Un épiderme se constate également sur sa série d’images troublées par un mystérieux rayonnement. Il s’agit plus de radioactivité que de lumière, le pelliculage polluant directement la structure ouatée du papier cartonné, s’infiltrant en son épaisseur pour faire disparaître les chairs et épargner les tons les plus froids. Les chefs-d’œuvre figurant sur cette collection de vignettes, replongent dans une forme d’obscurantisme primitif, sur lequel règne l’artiste qui s’amuse à nous tester selon son propre règlement, au jeu de la reconnaissance.
Et une gourmandise générique caractérise toute sa production, visant le contentement élémentaire. Les paysages culinaires abondent ainsi, mousses crémeuses, glaçages et gammes sucrées. Plutôt qu’un dégoût, cette abondance semble inspirer un appétit capricieux.
Lorsqu’il les donne à voir, Florian Bézu a l’habitude de rehausser ses pièces d’un contraste littéral entre le précieux et le trivial, le contenu et l’emballage. Que ce soit par le carton pauvre de ses socles ou le vert de bibliothèque de ses murs, la présentation qu’il élabore évoque les réserves du savoir, ce conditionnement feutré dans lequel les choses sont rarement remises en question. Cette dimension sérieuse détonne avec les motifs identifiables qui surgissent d’un travail éternellement voué à l’amusement.
Cotillons, bougies et papier cadeau confirment cette direction. Ces éléments métonymiques de la bringue se retrouvent noyés dans des flaques de cire et de javel, humiliés dans des humeurs un temps liquides, puis figées après leur jaillissement. Fuite adolescente. Chez Florian Bézu, cette débandade programmée reste en suspens pour maintenir un enchantement dans le mépris du temps, une réjouissance sans réel terme.


Ce texte a été écrit pour le catalogue de l’exposition Disposition en décembre 2013 à La maison des arts de Malakoff

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Outresol #1

Une exposition avec des œuvres de Florian Bézu, Mireille Blanc, Sylvain Couzinet-Jacques, Anne Laure Sacriste, Lina Scheynius et sans Robert Malaval
signée avec Mathieu Buard
du 2 au 29 mai 2013
à L’île
sur une invitation de Johan Fleury de Witte

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crédit photographique Nicolas Brasseur