Communiqué pour Christophe Herreros

L’appréciation d’une image animée reste un mystère. Il est rare que celle-ci nous laisse jouir de la circonstance dans laquelle elle apparaît, tant son cours nous transporte toujours ailleurs. Pourtant Christophe Herreros insiste pour nous laisser là où nous sommes. L’œuvre Avant les chiens pourrait nous faire croire à une passion troubadour, nous emporter dans une cavalcade médiévale, nous plonger dans les très riches heures d’une idylle bousculée en pleine forêt. Au lieu de cela, deux parisiens trébuchent sur un scénario, intensément. Ils sont beaux. Ils font leur métier dans un recoin de quartier aux gazouillis suspects. Les machines soufflent. Cette résistance au divertissement fluide est exquise. Et comme ultime rempart aux vertiges de la fiction, du texte vient gifler le poitrail de nos tourtereaux. Il s’agit de cette littérature que notre habitude ne voit plus. Tâchons pour une fois de la regarder. Jaune, blanche, rouge. La gamme électronique chatouille les tons d’automne des alentours. Il ne s’agit pas d’une interface supplémentaire qui nous sépare plus encore de l’image perçue. Alors que l’industrie du dvd élabore différentes pistes, notre artiste les fond toutes en un matériau unique. Là est la violence. Les techniciens l’appellent “sous-titrage forcé”, mots incrustés dans le fichier de l’œuvre, tatoués en sa chair-même. Police Arial. Corps 23.


Ce texte a été écrit pour l’exposition Avant les chiens en février 2015 à Palette terre à Paris

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