Anne Dangar sanctuarisée. Renouveau de l’art sacré

Le musée du Hiéron consacre actuellement plusieurs salles à la présentation de trois ensembles qui viennent enrichir ses collections. Parallèlement à une acquisition d’œuvre contemporaine et à des tableaux XIXe fraîchement restaurés, figure un corpus de céramiques d’après-guerre qui comprend de nombreux objets liturgiques réalisés par Anne Dangar pour l’Abbaye de la Pierre-qui-Vire.

Une personnalité charismatique
Installée dès 1930 à Moly-Sabata au bord du Rhône, l’australienne Anne Dangar travaille la terre vernissée à la lumière des enseignements d’Albert Gleizes. Le peintre cubiste, alors cofondateur d’une nouvelle colonie d’artistes, répondit favorablement au télégramme adressé depuis Sydney par l’anglo-saxonne, afin de rejoindre l’aventure communautaire. L’endroit demeura son foyer jusqu’à la fin de sa vie. C’est là, au contact des potiers du territoire, qu’elle se familiarise avec la tradition séculaire de la glaise paysanne. La détermination de cette femme quittant tout pour sa foi aussi bien religieuse qu’artistique, lui permit de s’intégrer parmi les artisans locaux, qui l’acceptèrent pour sa ténacité, puis la respectèrent pour sa virtuosité.

Une commande exceptionnelle
Albert Gleizes et l’Abbaye de la Pierre-qui-Vire partagent une forte considération pour l’Art Roman, pivot de leurs théories respectives. L’institution bénédictine fondée dans l’Yonne en 1850 comptait parmi ses pensionnaires Dom Angelico Surchamp. Ce jeune disciple passionné de cubisme, fut un véritable intermédiaire entre abstraction et christianisme. Il séjourne à Moly-Sabata durant l’été 1947, et rencontre Anne Dangar, alors qu’elle vient d’inaugurer son propre four à bois. Cette synchronicité apparaît de bonne fortune. La même année, l’Abbaye lui commandera une vaisselle dédiée à ses messes. Le contrat initial consistait en un bénitier, une fontaine, une paire de burettes, deux vases et un pot. Mais la potière offrit nombre d’éléments supplémentaires, nourrie par la vigueur de son échange épistolaire avec le moine, qui joua un rôle essentiel dans son parcours spirituel, et dans sa conception sacramentelle du travail de l’argile. Née en 1885 dans une famille anglicane, Anne Dangar se convertit au catholicisme quelques mois avant son décès en 1951. Au même moment, Dom Angelico Surchamp fonde les Éditions Zodiaque, qui lui permettront notamment de publier l’intégralité de leur correspondance.

Une donation majeure
Alors que la mort du bénédictin survient en 2018, sa communauté exprime le vœu de faire don du trousseau historique dont il fut le commanditaire, au Hiéron. Ce musée dédié à l’Eucharistie, se distingue par un accrochage permanent exposant la ferveur du rite catholique. Grâce à cet acte solennel, Anne Dangar rejoint le premier fonds de céramique moderne de l’établissement, aux côtés de Jean et Jacqueline Lerat dont elle était si familière. Ce total de vingt-huit pièces correspond à l’ultime étape de sa carrière, aux lignes plus sobres encore, à l’ornement réduit, à la palette limitée voire monochrome. Il accompagne un idéal de concorde entre rusticité et avant-garde, Église et Art. L’humilité de sa pratique et la modernité de sa vision, en font une incarnation exemplaire de réconciliation.

Donations, acquisitions, les nouvelles richesses du musée du Hiéron, jusqu’au 3 janvier 2021, Le Hiéron, 13, rue de la Paix, Paray-le-Monial (71). Tél. : 03 85 81 79 72. http://www.musee-hieron.fr

→ Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #235 Novembre-Décembre 2020