Caroline Denervaud

Caroline Denervaud danse et peint. Peu importe dans quel ordre, puisque l’arrêt du geste
ne stoppe pas le mouvement. Au contraire, chaque composition immortalise la vitalité d’un moment passé à faire corps avec son support. Le spectacle demeure en coulisses. Au sol, allongée à même la toile, l’artiste évolue sur une surface qui enregistre les rythmes. Les tracés retiennent quelques contours d’une présence humaine en train de se mouvoir, traduite en une géométrie sensible. Ce processus éveille une longue tradition anthropocentrique, articulant la conception du monde aux proportions d’une figure unique. Soi. Depuis l’Homme de Vitruve de le Renaissance jusqu’au Modulor du Modernisme, ces icônes d’ingénierie envisagent l’avènement d’ères nouvelles en prônant leur anatomie pour référence. L’espace se construit ainsi à sa propre mesure. Cette harmonie installe une relative stabilité, visant l’équilibre. Au dessin initial, s’ajoute rapidement la couleur, issue elle aussi des chairs. Des roses puis des rouges viennent socler les gammes qui se
précisent, par parcelles. L’improvisation demeure primordiale, pour l’artiste qui veut contrer les académismes. D’ailleurs, elle échappa à ses deux cursus, par contrainte pour la danse, par volonté pour la peinture. Sa pratique célèbre aujourd’hui la fusion des arts, au pluriel et sans majuscule. Ses grands formats sont présentés non tendus, souples, et pourtant marqués par les tensions et relâchements que les muscles ont inscrits en ces
champs picturaux. Leur paysage ouvre un horizon de liberté.

→ Publié à l’occasion de la participation de Double V Gallery (Marseille) à Art Paris 2020