Tamara van San

Se distinguant par une gamme particulièrement sucrée et des formes charnelles développées en monticules, les œuvres de Tamara Van San imposent leur exubérance. Elles composent un bestiaire pétrifié qui habite ses expositions-paysages. Leur allures veillent.

Tamara van San articule depuis une quinzaine d’années déjà, un généreux travail de sculpture qui a progressivement trouvé son aise dans le médium de la céramique. Née en 1982, l’artiste belge aujourd’hui basée à Bruxelles, s’est formée à la Royal Academy d’Anvers et est représentée par la galerie Tatjana Pieters à Gand. Elle a récemment participé à l’exposition « Le Socle » au MUba de Tourcoing qui a assis ses statures aux côtés d’Alberto Giacommetti et Auguste Rodin. Avec les silhouettes classiques de l’un et de l’autre, ses chairs contrastent.

Émailler ses caprices
Une gourmandise frontale surprend lorsque l’on découvre cette production. Des couches et des couches de matières édulcorées arrivent en surface pour compliquer les contours. L’objet en devient plus difficile à identifier, tout en attirant furieusement l’attention. Répulsion et désir excitent le rapport à ces terres cuites. Il y a une surenchère de délices qui alimente l’appétit de l’artiste à aller au-delà du vase.

Défier la forme, dévier la norme
Tamara van San recherche la stabilité dans le déséquilibre. Et inversement. « Pas d’équilibre sans crainte » nous dit l’artiste. Son vocabulaire tient à se placer entre l’abstraction et la figuration, sans évidence, pour lui assurer une ouverture libre. Ses œuvres impliquent des mises en espace souvent périlleuses. Il y a du théâtre dans ses installations, de l’intrigue, du suspens. Les sculptures se dressent sur des promontoire, elles entrent en scène et défilent. Ce jeu haletant confirme un intérêt pour une Histoire de l’Art funambule, qui se balance dans le vide en chatouillant le risque de chute.

Créatures
Qu’elle les appelle esprits ou choses, Tamara van San tient à préserver l’étrangeté des pièces qu’elle façonne. La dimension démiurgique de l’argile opère chez elle aussi, une vertigineuse fascination. De rien, faire quelque chose. Alors puisque tout est possible, l’artiste s’autorise les modelages les plus fantaisistes, reproduisant les reliefs de merveilleux monticules. Ses cavernes cachent assurément des trésors.

Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #226 Mai-Juin 2019