Marine Wallon

Marine Wallon fauche. Le geste est franc. Il taille le paysage. Ses peintures semblent relever de ces calcaires italiens, dites pierres à images qui une fois tranchées, laissent deviner des vues pastorales. La paésine, tel est le nom de cette fantaisie minérale, se forme selon une lente sédimentation fractionnée par les mouvements de tectonique. Enfouie dans des gisements antédiluviens, c’est bien l’action de l’œil humain qui vient débiter puis polir cette roche afin d’en révéler le panorama. La peintre coupe pareillement dans sa matière iconographique. Elle fouille la texture de films amateurs ou promotionnels, décrypte pour mieux décrire ces documents que l’on regarde peu, pas, plus. Ses captures d’écrans se font au sens propre. L’artiste chasse la bonne composition durant des séances de trois à cinq heures de visionnage électronique, derrière son moniteur, comme on pêcherait avec patience et tact. Puis ça mord. Il existe ce fabuleux mot, pittoresque. Digne d’être peint. Et d’un enregistrement à l’autre, la trappeuse vagabonde avec cet objectif. Elle livre sa gourmandise pour les filtres que les autres placent entre la Nature et elle. Ces retranscriptions sont un soulagement. Une herborisation sur le motif l’horrifierait par la prolifération des détails, alors qu’elle cherche justement à condenser les sensations. La brosse est son outil de prédilection, pour appliquer la couleur tout en l’étirant en flux continu. Le balayage cathodique est respecté. Son envie d’infini se lit dans la flagrance des hors-champ qui visent à ne jamais rien enfermer. Les figures de ses décors sont d’ailleurs toujours dans des espaces extérieurs, en marche vers je-ne-sais-quoi. Une mise en abyme s’opère avec ces regardeurs dédoublant l’expérience des parages de Marine Wallon.

« J’ai un rapport assez claustrophobique aux choses. »

Publié dans la catalogue du 64e Salon de Montrouge