Brian Rochefort

Brian Rochefort développe d’envoûtantes concrétions par séries, qui incarnent bien les excès associés à la côte californienne, où il est basé. Jeune habitué de l’Archie Bray Foundation for Ceramic Arts dans le Montana, il a récemment participé à l’événement « Regarding George Ohr », qui a conforté sa filiation avec le maître américain. Les deux partagent une virtuosité fantasque.

Éclosion pop
Ses ensembles les plus récents affirment des surfaces d’une totale indécence. Les chairs s’ouvrent, en pleine éruption. Des failles se creusent. La matière implose. Tout semble hurler la violence de l’alchimie en action au cœur du four, pour en magnifier les stigmates. Et des béances cherchent à reprendre leur respiration. Dégradés de velours, épais nappages et contrastes acides signent la palette texturée de l’artiste. Les gros contenants boursouflés semblent être le résultat d’une évolution incontrôlable, vomissant des laves crémeuses.

Tasses mutantes
Sa suite intitulée « Cups » ancre franchement la base de sa forme de référence, dans l’utilitaire. Mais impossible vue l’extravagance des récipients, d’y boire quoique ce soit, sans faire performance. Ainsi, les objets s’offrent comme des fruits qu’on éventre, dont le jus dégoulinerait encore. Encourageant notre imagination, nourries de littérature d’anticipation, les œuvres sont tour à tour météorites échouées en plein Jurassique, ou pierres précieuses du futur.

Spécimen
Les céramiques de Brian Rochefort sont exposées par grappes, offertes à la curiosité. L’artiste en suspend la métamorphose. Et les cratères bavant, contredisent l’environnement propret des galeries. Ce sont les anomalies et les exubérances de la Nature qui servent de répertoire où l’artiste puise ses formes. Il voyage ainsi régulièrement dans les jungles, sur les îles et sous les tropiques pour y cueillir sur place, l’inspiration de ses terres superlatives.

Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #226 Mai-Juin 2019