Bouh. L’épouvantail à rats du Musée Angladon

Les répulsifs à vermine manquent cruellement d’élégance, à en voir les vitrines des spécialistes qui surchargent leurs boutiques de stratagèmes conçus pour éloigner voire éradiquer les nuisibles, peut-être inventifs dans leurs mécanismes mais rarement dans leurs formes. Effaroucher les rongeurs peut cependant devenir un véritable art, comme en témoigne l’un des objets les plus mystérieux de la Collection Jacques Doucet à Avignon.

La silhouette féline est une porcelaine réalisée au XIXe siècle en Chine. Son faciès affiche un effrayant rictus. Sa corpulence potelée affirme une satiété bien assise. Ses yeux sont vides, laissant deviner une cavité dans laquelle une bougie pourrait prendre place, et activer ainsi le regard du chat par une lueur chancelante. La technologie est élémentaire, et c’est bien là l’usage hypothétique de cette curiosité, dont on sait si peu de choses qu’elle ne figure pas au catalogue de l’institution, malgré sa popularité.

La grossièreté comique de l’allure du matou contraste avec la sophistication folle du traitement de son pelage. Mi-camouflage, mi-paysage, l’émail trois couleurs se développe par touches aquarellées. Et l’animal trône discrètement, à l’étage de la bâtisse XVIIIe, se détachant sur une tapisserie chamarrée. Il semble se lécher les babines en dehors des horaires d’ouverture au public, et tourne ostentatoirement le dos aux trésors de peinture avant-garde du rez-de-chaussée. À rebours.

Musée Angladon – Collection Jacques Doucet, 5, rue Laboureur, Avignon (84). Tél. : 04 90 82 29 03. https://angladon.com/

→ Publié dans la Revue de la Céramique et du Verre #230 Janvier-Février 2020