Rachel Labastie

Le titre, Des forces, affirme d’emblée la dimension physique de son travail. Rachel Labastie est une battante, et cela se devine dans chacune de ses pièces. La puissance est chez elle, toujours incarnée. C’est une démarche classique de sculpture qu’elle développe, défiant la pesanteur par le corps, le sien, celui qu’elle représente, en présence ou en réserve. Muscles bandés, impacts, bâtons de pèlerin, dents arrachées, outils, projectiles et barque échouée témoignent parmi d’autres motifs encore, d’une même imagerie de l’effort traduite par la terre, sans s’empêcher l’aquarelle, le marbre, le verre, la gravure, la paraffine ou le rotin. Rachel Labastie organise ses œuvres sous l’intitulé générique De l’apparence des choses, vaste suite divisée en différentes sections successives. Nous en sommes à la sixième. Cet ouvrage en effet, paraît dans la foulée de l’exposition « De l’apparence des choses, chapitre VI, Des forces » ayant eu lieu du 17 mars au 15 juillet 2018 à Labanque à Béthune. Il est édité par Le Bord de l’eau/La Muette en coproduction avec ledit centre d’art. Cent soixante pages articulent une généreuse iconographie à des textes de Barbara Polla, Paul Ardenne et Marie-Laure Bernadac, documentant plus d’une décennie de travail. Les trois contributions soulignent toutes la flagrance d’un engagement charnel. Et de larges visuels alimentent la monographie en ne suivant aucune linéarité, ni chronologique, ni thématique. Entre les vues d’expositions, nous reconnaissons sur des images plus sentimentales, la belle artiste en action, notamment lors d’une cuisson primitive réalisée durant une nuit d’automne 2017 dans le village abandonné d’Egulbati en Navarre. La cérémonie relève d’une photogénie égalée par la contention qu’on y perçoit, toute deux d’une immense intensité que ce livre réussit à retracer.

Publié dans le numéro 223 Novembre Décembre 2018 de la Revue de la Céramique et du Verre

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