Jonathan Baldock

Sculpteur londonien né en 1980, il navigue libre à travers les savoir-faire, gardant toujours la figuration en ligne de mire. L’artiste trouve dans la diversité des factures, une grande satisfaction à tout fabriquer soi-même. Sa résidence de six mois au Camden Arts Centre lui donne actuellement les pleins pouvoirs pour développer un travail d’argile, matrice offrant une plasticité propice à la grimace.

Figuratif, et grotesque si possible
Le corps fascinait Jonathan Baldock bien avant qu’il n’intègre une école d’art, contexte où l’anatomie relève de l’exercice le plus académique. Aujourd’hui, l’artiste aborde le sujet avec indiscipline, et ne peut envisager un jour s’en lasser. Le fait-main doit autant permettre la grossièreté que la délicatesse. Car Jonathan Baldock a élaboré ses propres canons, et son idéal s’éloigne brutalement du papier glacé des magazines pour viser l’irrégulier, le suant, le nerveux. Il manifeste un rapport empathique à l’extravagance, cette rugosité qui contredit l’imagerie lisse, quitte à finir dans la caricature.

Un visage a minima
Nous pouvons nous interroger sur ce qu’il suffit pour signifier une face. L’artiste indique ne pas avoir de formule magique, si ce n’est d’éviter l’évidence d’associer systématiquement bouche, narines et yeux. Cela relève plutôt de la juste combinaison, parfois aussi simple que deux trous avec un troisième ailleurs, ou bien une oreille assortie à une tranche de pamplemousse en guise de sourire. En fait, n’importe quelle marque, forme ou objet en lieu et place des différents organes sensoriels. Bien que Jonathan Baldock voie des têtes partout, il commença par triturer la sienne. Ainsi il appliqua de la pâte à sel sur les reliefs de sa figure, obtenant une base à travestir en différents personnages issus de l’Histoire, ou de la culture pop. Tout cela reste de l’ordre de l’imagination et l’artiste confie qu’il n’a finalement jamais réalisé de portrait à proprement parler. Il cherche à capturer dans ses façonnages des émotions ou humeurs, mais ces caractéristiques ne suivent pas la description visuelle d’une personne en particulier.

Casting cosmopolite
Jonathan Baldock s’est formé à la peinture qu’il envisage comme un artisanat parmi d’autres. Tout matériau l’intrigue dans l’absolu, par sa capacité à être transformé, selon les compétences. S’il brode, crochète, tricote, tisse, coule le bronze, moule la cire, souffle le verre, grave le bois, tresse l’osier, c’est au départ dans un souci d’économie doublé d’un contexte familial opportun, sa mère étant bonne manœuvre. Cette condition lui fit découvrir une autonomie inédite, au service de projets ambitieux. La pratique de la terre s’inscrit dans ce même appétit depuis une bonne décennie, et prend ces temps-ci une ampleur nouvelle. Récipiendaire du Freelands Lomax Ceramics Fellowship, l’artiste jouit de la disponibilité d’un grand four et de la bienveillance d’un technicien, permettant une immersion totale dans la matière. C’est là qu’il décline des fratries de masques et de totems. Sur la surface de plaques ou par l’érection de grands cylindres, des entités prennent forme et dessinent leur personnalité dans la tendresse de la glaise. La gueule s’étire. Le nez pointe. Le regard perce. Progressivement, de la comédie à la tragédie, Jonathan Baldock dépeint tout l’éventail des rôles.

Exposition personnelle en avril 2019, Camden Arts Centre, Arkwright Road, Londres (Grande-Bretagne) Tél. : +44 2074 725500. http://www.camdenartscentre.org

 

Publié dans le numéro 223 Novembre Décembre 2018 de la Revue de la Céramique et du Verre