Brise-soleil

Des obstacles se placent parfois entre la lumière et l’œil. L’artiste, l’architecte et l’ingénieur y travaillent tous trois. Dans l’éblouissement, des formes se dessinent à contre-jour. Elles hurlent la flagrance du noir qui se donne de front en contrariant les perspectives. L’objet se pose avec impertinence dans le paysage insolé. Par sa géométrie aiguisée, il voile, filtre, tamise, cache, éteint, le rayonnement brûlant. Son parement, sa parade, protègent d’une exposition trop violente. Peintures d’Eva Nielsen et mobilier moderniste y contribuent par des lignes franches, des cloisons et des masses minérales, venant ancrer une architecture du regard. Il s’agit de régler le bon éclairage sans sombrer dans l’obscurité.

Des obstacles se placent parfois entre la lumière et l’œil. Au sein de notre système solaire, on appelle cela une éclipse. L’artiste, l’architecte et l’ingénieur y travaillent tous trois. Ils s’emploient à faire disparaître pour l’observateur un foyer lumineux, en interposant une œuvre, un bâtiment, une machine. Dans l’éblouissement, des formes se dessinent à contre-jour. Fières et définitives, même si elles sont déjà en ruine ou encore en chantier. Elles hurlent la flagrance du noir qui se donne de front en contrariant les perspectives. Avant il n’y avait rien et d’un coup, il y a ça. L’objet se pose avec impertinence dans le paysage insolé. Il va bien falloir gérer toute cette luminosité maintenant que nous y sommes, abrités derrière ce pan. Par sa géométrie aiguisée, il voile, filtre, tamise, cache, éteint, le rayonnement brûlant. La paroi ajourée déjoue l’ostension par la face qu’elle impose, comme la toile. Son parement, sa parade, protègent d’une exposition trop violente. Ce sont les structures qui distribuent les ombres. Peintures d’Eva Nielsen et mobilier moderniste y contribuent par des lignes franches, des cloisons et des masses minérales, venant ancrer une architecture du regard. Le voyeurisme a toujours nécessité des persiennes. Il s’agit de régler le bon éclairage sans sombrer dans l’obscurité.

Des obstacles se placent parfois entre la lumière et l’œil. Eva Nielsen dresse des écrans depuis bientôt dix ans, et à travers eux, tend des stratégies pour continuer à affronter notre rétine. Eva Nielsen provoque des excitations oculaires. Eva Nielsen ménage l’intrusion. Eva Nielsen, d’un trou à l’autre, de la fenêtre à l’orbite, de la serrure à l’iris, émoustille et diffracte les choses selon des collages sophistiqués pour mieux tout réunir en une même surface sur laquelle se chamaillent la mécanique et le pinceau. Eva Nielsen nous tient à distance. Eva Nielsen nous frôle. Eva Nielsen avec autant de tableaux dans cette exposition, que de phrases commençant par son nom dans ce texte, tutoie aujourd’hui trois mâles de la modernité en utilisant leurs objets au dehors de l’image, comme elle le fait avec les siens au dedans. Il s’agit de régler le bon éclairage sans sombrer dans l’obscurité.

Brise-soleil selon sa mise au point, vous en fait voir plus ou moins.

Publié à l’occasion de l’exposition personnelle « Brise-soleil » d’Eva Nielsen pour la Galerie Jousse Entreprise du 8 au 11 novembre 2018 sur Indenpendent Brussels à Bruxelles

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