Portrait de Maude Maris

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Maude Maris peint le volume des images. Elle poursuit un élan initié à Paris l’année passée, qui l’emporta à scruter quatre pères de la sculpture moderne en prenant leur usage de la photographie pour visée. Cette résolution fascinée par la révolution des modelés, s’est traduite dans sa peinture par de nouvelles textures. Pour aiguiser plus encore son attention, la peintre fixe aujourd’hui son objectif sur une muse britannique.

Barbara Hepworth surgit en plein vingtième siècle, radicale et maternelle. C’est une femme qui milite pour un anonymat de genre en matière de création. Pour elle, l’art n’est ni masculin ni féminin, il est bon ou mauvais. Faisons-lui plaisir en nous attardant davantage sur l’œuvre que sur la figure qu’elle représente pour des générations de tout sexe. Son humanité réussit à s’incarner en une abstraction optimiste et libre.

Maude Maris trouve en elle de quoi traverser les flots pour cueillir sur le terrain une lumière, une bise, de celles qui enveloppèrent l’égérie au travail, dans sa détermination. Ces conditions naturelles façonnent l’épiderme minéral des ouvrages autant que le burin. Objets dans le paysage, ils sont offerts au soleil et au vent. Tout autre élément voulant rajouter son empreinte est invité à le faire.

Barbara Hepworth œuvrait en extérieur, souvent. Le jardin était son atelier et la météo fluctuante en Cornouailles contribuait à modeler ses statures. Sa production est éminemment tactile et s’enthousiasme du désir de toucher qu’elle provoque. La main est omniprésente, qu’elle soit explicite en tant que motif ou évoquée par la réserve des courbes. Ainsi la volupté s’imbrique en nos paumes.

Maude Maris échauffe par ses composition, les capacités de l’œil préhensile. Des éléments sont saisis sur des fonds un peu plus accidentés cette fois, toujours matiéristes, presque fougueux parfois, recalibrés par rapport à leur prédécesseurs jusque-là plus discrets. Leur superficialité se confie par des cadrages laissant deviner les coulisses de la prise de vue, respectant en ces miniatures une luminosité du dehors.

Barbara Hepworth ne faisait de maquette que lorsque ses commanditaires le lui demandaient. Car si celle-ci s’avérait réussie, c’était le risque qu’elle soit ratée une fois agrandie. Aucune hiérarchie ici ne divise les éléments d’une production par leur taille, travaillés justement selon une grande diversité. Les différentes échelles se félicitent au contraire de la relativité qu’elles alimentent alors, charmantes, tragiques.

Maude Maris décontracte ses protocoles en piochant plus librement dans les archives photographiques de la Dame. Et sa définition de l’espace de travail s’élargit simultanément. L’horizon apparaît bas et une plus grande surface est dédiée aux arrière-plans, donnant de fait aux tableaux un plus grand front. Une typologie inédite d’objets, notamment mous ou plats, s’y détachent pour mieux afficher leur flagrante filiation.

Barbara Hepworth dessinait en bloc opératoire. C’est à l’hôpital que la réalité de la vie s’offre dans ce qu’elle a de plus concret et de plus abstrait. Les outils du praticien triturent les chairs au cœur d’une coopération harmonieuse. Une fascinante synergie existe entre le geste et l’instrument, portée par la fonction réparatrice du labeur. Transformer plutôt que générer. Une légende dit que l’artiste fut la première à trouer le modernisme.

Maude Maris se revendique d’une telle netteté chirurgicale. Elle découpe le monde pour en réagencer sa version sur la toile. Au sein de nouvelles peintures de différents formats, elle affirme cette attraction à tourner autour des choses, en en immortalisant plusieurs pauses. Si l’idéal relève de l’équilibre et de l’unité, le regardeur doit être capable par sa mobilité d’en saisir la constante vitalité, ni de profil, ni de face.

Publié à l’occasion de la première exposition personnelle de l’artiste en Grande-Bretagne chez Pi Artworks, London

Maude
↑ Maude Maris, When Memory is Full, (a homage to Emily Dickinson), 33 x 24 cm, huile sur toile, 2018 © L’artiste

Maude Maris’ paintings delicately convey sculpture to images. She is acting upon the curiositiesthat began last year in Paris, of which led her to examine four pioneers of modern sculpture, by observing their use of photographyand as a result, is inspired by the revolution of the modelled contours, whichhas translated into her painting bringing forth the use of new textures. In order to sharpen her attention even more, today the painter focuses on a British muse.

Barbara Hepworth suddenly appeared in the twentieth century, as maternal and radical. That’s a woman who strives for the anonymity of the genre in terms of its creation. For her, art is neither masculine, nor feminine; it’s either good or bad. Let us celebrate the oeuvre, as well asthe figure that she represents for all the generations, regardless of their gender. Her humanityis successfully embodied in this free and optimistic abstraction.

Maude Maris thus, finds in Barbara’s work the energy to crosswaters,grasping to groundthis light which is so gently caressedby the Cornish coastal breeze; the kind of which enveloped this determined icon to work. These natural conditions shape the mineral epidermis of these pieces as much as the chisel does. Objects within this landscape, offered to the sun and to the wind. Every other element wanting to add its mark is invited to do so.

Barbara Hepworth frequently worked outdoors. The garden served as her studio, and the fluctuating weather of Cornwall contributed to the modelling of her statues. Her production is intentionally tactile, provoking the desire to touch. The hand is omnipresent, and it is in some case explicit as the motive, whereas on the other hand evoked by the reserve of curbs. Thus, the voluptuousness implants itself in our hands.

Maude Maris stimulates through her compositions, the prehensile capacities of the eye. New elements appear on the background of the paintings this time, far less calculated but always matter-oriented. Sometimes even fiery and re-calibrated in comparison to their more discreet predecessors. Their superficiality is confined by the framings, which let us guess the existence of the backstage of the shooting, through respecting the luminosity of the outdoors in these miniatures.

Barbara Hepworth never made a model for her sculptures unless she was commissioned.Because even if this one proved to be a success, it was the risk that it would be a failure once enlarged. Here, no hierarchy divides the elements of a production by their size indeed worked with great diversity.On the contrary, every sculpture is relative to the other by their size. A small sculpture appears charming, whereas the large, tragic.

Maude Maris now relaxesher processesand carefully selects picksamong the photographic archives of the Lady more freely. Simultaneously, her definition of the space of work is expanding and gently lowering the horizon, and a greater surface is dedicated to the backgrounds, endowing the paintings with a larger physical appearancewith larger foreheads. Unedited typology of objects, especially the soft and flat ones, detaches itself in order to better present glaring filiation.

Barbara Hepworth drew from the operating theatre block. It is in hospitals, where the reality of life manifests itself in its most concrete and abstract form. The instruments of a practitioner are fiddling with the flesh at the core of some harmonious cooperation. Fascinating synergy exists between the gesture and the instrument, brought by the restorative function of such labour. To transform rather than create. As legend says, it was an artist, who first probed The ‘hole’ in modernism.

Maude Maris claims allegiance to this chirurgical cleanliness. She slices the world in order to rearrange a new version of it on the canvas. Within these new paintings, with varying sizes she affirms that attraction towards the subject matter.To walk around the objects, to observe them from different perspectives, immortalizing within a sequence of several pauses. If the ideal is born out of balance and unity, through their mobility, the viewer must be capable of grabbing that constant vitality, not simply a profile or a face.

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