Portrait de Florent Dubois

Florent Dubois partage sa géographie entre différents recoins de France principalement marqués par la pratique d’atelier, ici, et l’enseignement, là, alternant ainsi entre une petite maison à côté de celle de ses parents qui tient de la chaumière, de la cabane de chasse et du placard à balais, avec des murs roses mais ce n’est pas volontaire, ils l’ont toujours été, très chiche, pas de lumière, pas de chauffage, pas d’eau, avec une très grosse table sur laquelle il ne travaille pas mais où il pose les choses dont il a besoin, et une autre plus petite où il sculpte, sans images aux murs, et puis c’est pratique comme il fallait du triphasé pour son four, son oncle est électricien, et pas loin est basé un fournisseur d’argile ce qui est une sacrée chance puisque dans certaines régions il n’y a rien pour acheter des produits de poterie, alternant donc entre cette petite maison en Franche-Comté et son appartement à Toulouse, sur sa table de cuisine car il n’est pas du tout mobile pour les dessins nécessitant beaucoup d’outils, avec des rehauts à la gouache, à la craie grasse, aux pastels secs, parce que la bonne humeur c’est important, palette joyeuse et amère, les couleurs ça va très vite, il n’y pense pas du tout, c’est très instinctif, elles s’empilent vite et il aime beaucoup une citation sur les coloris des meubles Memphis dont il ne se souvient plus très bien, comme des enzymes qui remontent au cerveau et l’excitent, comparant l’usage chromatique à de l’aérobic mental, et sa bonhomie, un genre de positivisme, une sorte de service après-vente, ce n’est pas Souris et tais-toi, c’est kermesse et bal masqué, farandole et guinguette, une parade sans fin, oui une galerie de portraits, comme dans Les Caractères de La Bruyère par exemple, ou avec les sculptures précolombiennes, ou Mr Lumière dans La Belle et la Bête, ou les Face Pots d’Angleterre, ou les peluches, ça, il adore La Fontaine, qui dans la préface de ses fables parle de gaieté mais ce qu’il aime surtout c’est la façon dont celles-ci s’enchâssent, comique, nostalgique, triste, ironique, on passe sans cesse de l’une à l’autre, et les visages animés servent à exprimer tous ces états, alors la figuration s’obstine, des yeux et des bouches partout, tout regarde tout, on est jamais seul et l’artiste plaisante souvent en disant que les céramiques sont ses amies mais derrière la blague ce rapport aux objets l’intrigue, les doudous des enfants, les poupées vaudoues, les trucmuches connectés, ainsi on parle de caritatisme pour décrire les contours affectueux qu’on donne parfois aux mots qui renvoient à des éléments usuels tels que le petit manteau qui vous tient chaud, la petite céramique rigolote, la grosse moche, la verte et la pas mûre, et on retrouve la personnification chère à La Fontaine, un animisme vulgarisé poussant vers l’ajout de détails figuratif comme les poignées de porte en forme de coquillage, les porte-savons en forme de feuille, les caleportes en forme de teckel, toutes ces choses très communes qu’on a tous déjà vues mais qui finalement sont d’une fantaisie incroyable, et c’est bien cette sensibilité que l’artiste cherche à transmettre, aussi, dans le cadre de cours du soir à la fois techniques et fun auprès d’enfants et d’adolescents, s’essayant à déformer des exercices classiques qui consistent à dessiner un animal mais alors un moche, dessiner des fruits mais des exotiques compliqués, dessiner comme il dessine, et quand Florent Dubois dessine c’est pas mignon, c’est pas un manga, c’est pas un totem, c’est tout en même temps.

Publié dans Simple Gift aux Editions Tombolo Presses, août 2018

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