Artisans et artistes associés

Entités habituées aux superlatifs, le Palais de Tokyo et la Fondation Bettencourt Schueller développent depuis 2015 un partenariat haute-couture offrant aux métiers d’art une visibilité marquée d’un label d’excellence au sein du plus grand centre d’art d’Europe. L’exposition Encore un jour banane pour le poisson-rêve concrétise le quatrième volet de cette complicité ambitieuse et durable.

La fantaisie imbibe d’emblée un intitulé dans lequel les esprits littéraires reconnaîtront un ouvrage publié il y a soixante-dix ans, et qui éveillera chez les autres une énigme certaine. Tout est possible. Et c’est bien la liberté de l’imagination que célèbre cet événement ancré dans les joies, les peurs et les potentialité de l’enfance. Si les poncifs voient cet âge comme celui d’une insouciance moteur de créativité, la présente actualité déclare cette aptitude commune à tous. Le jeu bien-sûr, en reste la dynamique principale comme s’il fallait déguiser les mises de la vie pour préserver la vigueur de l’amusement. Il ne faudrait pas que cette humeur évacue pour autant le sérieux de nos affaires. Ainsi ce projet relève d’une conception particulièrement épaisse au carrefour de l’expertise de huit artisans, vingt-six artistes, trois commissaires, un dramaturge et une scénographe.

Techniques et matériaux sont au cœur de l’aventure, avec de la mosaïque, de la sculpture de pierre ou de métal, du plissage de tissu, du gaufrage et de l’impression sur velours, de la broderie, de l’ébénisterie et du vitrail. Pour les artisans, il s’agit de déjouer la notion de commande commerciale à laquelle ils sont généralement confrontés. Voici l’opportunité de bousculer les formats à partir de son savoir-faire. Ces créations inédites côtoient des œuvres d’artistes incontournables tels que Caroline Achaintre, Jean-Marie Appriou, David Douard, Daiga Grantina,Anna Hulačová, Megan Rooney ou toujours Andy Warhol, sans compter la monographie de Laure Pouvost qui sera également à l’affiche de l’institution, dans un espace voisin. Cette plate-forme assure une audience se dénombrant par dizaine de milliers de visiteurs.

L’initiative s’incarne en un vaste parcours immersif, introspectif et initiatique, rythmé d’autant de jalons que d’artisans. Les chapitres de ce conte truffé de monstres et d’épreuves portent les noms évocateurs de l’Énigme, Léviathan, la chambre de la prémonition, la Porte de la désolation, la Porte rouge, la Chambre de la mélancolie et la Récréation. L’Horizon des chimères clôture la déambulation et consiste en la collaboration des maîtres verriers des Ateliers Loire avec l’artiste mangaka Yûichi Yokoyama. Les personnages du japonais sont ainsi transcrits par les vitraillistes dans leur matière de prédilection. Basées dans le périmètre de la Cathédrale de Chartres, trois générations contribuent à perpétuer la création et la restauration de vitraux. Une manière de conclure le récit dans la lumière. Porté par le dialogue et la transmission des savoirs, l’élan croît sans se soucier des limites de la raison. L’inventivité permet d’établir une correspondance entre fiction et façonnage. L’impossible devient réalité. Et c’est là, la définition de la virtuosité.

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