Portrait d’Anne Bourse

Anne Bourse vit et travaille au sommet d’une tour. Vingt-six étages la séparent du sol, cet endroit d’une relative stabilité où elle ne veut quoiqu’il en soit rien socler. Ses œuvres n’ont jamais de piédestal et c’est là une des constantes qui alimentent son écart avec toute autorité. Elles apparaissent sans avoir été posées. Ou en s’en donnant l’air au moins. Mise à part cette altitude hissant l’artiste dans les nuages, tout est horizontalité.

« T’as pas le vertige ? »

Sainte-Barbe est une martyre biblique. Enfermée comme tant d’autres par les bons sentiments d’un homme, elle œuvra avec opiniâtreté pour consolider ce en quoi elle croit. Le façonnage de sa foi résista aux tortures les plus inventives. Elle sait s’échapper des flammes et la foudre lui obéit. Aujourd’hui patronne des architectes, géologues et pompiers, on la prie pour protéger toute activité du feu, tellurique ou céleste.

« Et d’ailleurs je suis claustrophobe. »

Anne Bourse ne s’isole pas, au contraire. Elle affirme l’importance de s’accorder des plaisirs exogènes. Cocktails. Avec le ciel à portée de vue, elle est liée au monde et en imprime les vibrations. Elle s’est trouvé son propre nid, après avoir travaillé durant des années chez les autres, sur la table de leur cuisine ou bien partout où ils continuaient leurs conversations. Elle les entend toujours.

« J’en ai plein d’idoles. »

Rapunzel surgit de l’imaginaire germanique. La jeune entrepreneuse aux longs cheveux multiplie les alternatives pour échappatoires. La raiponce à laquelle son nom fait référence, est d’ailleurs une plante autogame, qui se fertilise elle-même. L’élégant maniérisme de sa tignasse motive courbes et déliés. Trichophagie. Bézoard. Ses mèches sont des enluminures léchant les majuscules des paragraphes parcheminés.

« C’était un jeu entre moi et moi. »

Anne Bourse dédicace ses passions à tel neurologue, auteur ou autre humain encore présent pour elle lorsqu’elle ouvre les yeux. Ses intentions prennent parfois la forme de dessins ou de sculptures, presque par défaut de vocabulaire. Les nommer les rend cependant plus concrètes. Leur plastique épistolaire fait le choix d’une grammaire ouverte et diluée. Ses découpes présentent une surface aquarellée, trempée de couleurs haptiques.

« Je fais rarement des œuvres, ce sont plutôt des choses qui sont là. »

Pénélope incarne inlassablement la constance. Figure méditerranéenne, elle s’absorbe dans un objet amoureux. Défaire la nuit ce que le jour fait. Sans jamais achever sa tapisserie, elle s’affirma en ignorant les sirènes. Sa toile sentimentale est un habit dans lequel se lover. Souplesse. Douceur. Malgré une étymologie discutée, son origine fréquente toujours un animal ailé. L’essentiel est d’associer l’épouse à un oiseau libre.

« Il parait que c’est dur d’écrire sur mon travail. »

Anne Bourse vit et travaille au sommet d’une tour. Elle aussi a beaucoup de patience. Pour effleurer ses ouvrages, il fallait faire la connaissance de quelques personnalités bien déterminées. Archaïque, médiévale, antique. Autant de sensibilités en élévation. Ici dans le dix-huitième arrondissement, c’est un ascenseur qui nous entraîne vers l’artiste. C’est haut. Souvent, les contes ont un début, puis leurs issues bifurquent. Il était une fois.

Publié dans Code South Way #5

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