Portrait de Neil Haas

Pour la première fois, Neil Haas foule la Provence et ses paysages peints, ces endroits mythiques qui pour le promeneur d’aujourd’hui, semblent exister parce qu’un maître les immortalisa hier. D’ailleurs lorsque l’on se balade par là, des reproductions de tableaux brûlées par le soleil sont plantées afin d’identifier, imaginer, comparer, anticiper, empêcher, la réalité des points de vue. De retour dans son atelier, l’artiste continue d’user d’un moteur de recherches pour observer au travers des images qu’il filtre, tel ou tel cliché sur l’écran. Difficile de croire malgré tout qu’il revienne tout à fait indemne de cette insolation.

Pour la première fois, Neil Haas quitte la Grande-Bretagne six semaines consécutives. Le ressenti de cette durée semble élastique, d’une île à l’autre, de la Tamise au Rhône. Et le sujet de Sa Majesté trouve finalement ses aises hors du Royaume. Là-bas, la ville consume. Ici, la quiétude nourrit. Après l’appréhension, le confort s’installe progressivement auprès de l’artiste qui voyage très peu. Différentes phases se sont ainsi succédées lors d’un séjour prenant des airs initiatiques, loin du quotidien londonien, de ses sollicitations sociales et ses charges alimentaires.

Pour la première fois, Neil Haas se sent étranger. Non en fait pour la seconde car cette impression avait déjà surgi lors d’une autre résidence plus courte en Lituanie. Ainsi on vous invite dans un endroit que vous ne choisissez pas mais qui vous veut, qui a tout organisé pour vous, qui vous a réservé une place. La langue est différente. Elle compliquera une communication déjà fantaisiste, un rapport au monde fasciné par l’autre tout en gardant avec lui ses distances. L’éloignement oblige à se concentrer sur soi, et dans un premier temps, c’est effrayant. Ici, aucune échappée ne vous en divertira.

Pour la première fois, ou presque, Neil Haas peint à l’huile. Ses habituelles acryliques sont restées chez lui. Satisfait, il a fini par produire sept nouvelles toiles. Bien-sûr pour le grand format, il fallut racheter des bidons de couleurs synthétiques, mais c’est la surface à peindre qui fit là office de défloration. Dans son atelier et exceptionnellement sur le sol de la maison où fut déployé un support de dix mètres-carrés, il œuvre en restituant ce qu’il absorbe, étant venu sans aucune préméditation si ce n’est la volonté de vouloir retrouver son médium de prédilection. Il écoute Chérie FM toute la journée.

Pour la première fois, Neil Haas peint sur le motif. Il a toujours beaucoup marché qu’il soit à la ville ou à la campagne, pour reluquer les mecs. Il observe alors les vies des autres, se projette dans toutes les intrigues qu’elles peuvent susciter, s’engage dans de superficielles filatures et se passionne pour des aventures unilatérales. Un animal sans propriétaire. Un véhicule vide. Des détritus abandonnés. Ici comme ailleurs, il s’amourache de détails qui vont ensuite se cristalliser dans des compositions érectiles. L’artiste cherche partout à deviner l’humanité. Autour de Moly-Sabata disons-le, il y a davantage de fleurs que d’hommes.

Pour la première fois, Neil Haas étend son linge dans un parc, sous la brise et la chaleur d’une météo clémente. Lorsque soudain il pleut, chacun se précipite pour rentrer ses vêtements au sec. L’averse se contemple à travers une fenêtre ou depuis un abri. Il est rare de s’offrir l’expérience directe d’une précipitation, en se maintenant en son cœur, pour en savourer la saucée. Observer la flore en pleine ondée, c’est nécessairement se mouiller. Alors que nous bavardons de son travail, l’artiste prépare des cookies.

Pour la première fois, ce n’en est pas une. Neil Haas s’extasie pour la jeunesse. Et comme toute tempête, il faut en être sorti pour la scruter. L’adolescence est ce flot dont vous êtes le lys. Rarement témoin de la sienne, nous sommes bien trop occupés par les bouleversements qui s’y opèrent. Les fruits ne se regardent pas mûrir. Audace et timidité. En un âge où l’on apprend progressivement à formuler son désir, notre artiste esquive. La peinture est sa manière d’obtenir les choses sans avoir à les demander.

Publié pour l’exposition personnelle « Fleurs dans la pluie » de Neil Haas au Musée Estrine à Saint-Rémy-de-Provence

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