Terre et textile

Une exposition itinérante multipliait les façons d’associer deux matières que tout semble opposer. Seize duos d’artisans conjuguent leurs talents pour démontrer combien les contraires peuvent s’accorder, voire atteindre l’harmonie.

Il existe plusieurs moyens d’honorer un matériau. L’isoler, peut-être. Ou en révéler les qualités par contrastes et complémentarité, en présence d’un autre. La céramique de part sa nécessaire cuisson, pourrait techniquement exclure toute complicité, ou s’imposer d’emblée comme point de départ. Le feu pour allié, détruirait la plupart des autres composantes. Ainsi la fibre vient par après, en rehaut et détail, sans que cela ne la réduise à toujours tenir le second rôle. Le minéral rencontre le végétal. Le fragile fréquente le moelleux. L’exposition Terre et Textile propose justement une quinzaine d’équilibres. L’aventure est née d’un appel à projets en 2014 à l’initiative de la Maison de la Céramique du Pays de Dieulefit, puis voyagea en 2015 à Gap et en 2017 à Saint-Chamond dans le cadre de la Biennale du Design. L’étape finale fut accueillie au Prieuré de Salaise par l’association Figlinaé, sous l’impulsion de Nathalie Pouzet. Active au sein de la Poterie des Chals voisine, la potière fut déjà par le passé complice de dialogues entre les techniques, acoquinant l’argile avec le verre ou la vannerie. C’est sous les ogives de l’ancienne nef que se découvre l’ouvrage le plus convaincant de la manifestation, sobrement étendu au sol. Il résulte de la collaboration des céramistes Louis & Virginie Brueder avec la fabricante de tapis Flore Sivell, basés à Bedoin près d’Avignon. Divisé en quatre carrés qui en permettent la modulation, ce parterre se constitue de volumes de porcelaine façonnée main, émaillée au trempage et recuite au four à gaz en réduction d’oxygène. Dans les interstices du pavage, de la laine et du lin sont implantés brin par brin à l’aide d’un pistolet à tufter à air comprimé. Le tout tient sur une toile de coton grâce à l’application astucieuse de colle et de latex, avec une finition de jute naturelle. Le résultat est surprenant de réalisme, affichant des textures sophistiquées qui invoquent des ruelles médiévales, ou les galets humides du Rhône si proche.

Publié page 32 du numéro 219 Mars Avril 2018 de la Revue de la Céramique et du Verre

 

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