Portrait de Marianne Maric

Marianne Maric photographie. Ses clichés enregistrent la lumière de corps offerts, que le flash rend plus éclatants encore. Même en plein jour, ils nous éblouissent. Et si les contextes varient d’un document à l’autre, demeure la flagrance d’être vivante et voyante, un objectif à la main. Parfois les choses arrivent à elle. Parfois elle fait arriver les choses. Toujours, la vue est prise dans ce qu’elle a d’irréductible, à savoir un œil, là. L’instantané et la composition partagent ici une dimension tangible voire tactile. Dans l’urgence ou la pose, les caresses sont félines. Parce qu’elles semblent faire ce qu’elles veulent, de ses modèles Marianne Maric fait ce qu’elle veut. Assises. Debout. Couchées.

Assises. Les jambes ouvertes, rarement croisées, elles enfourchent les sièges des stations de métro parisien. Difficile de les imaginer patienter gentiment ailleurs. Car si elles savent parfois se tenir, c’est sans connaître les règles de bonne conduite. De toute façon, personne ne les leur a apprises. Alors elles se perchent en équilibre sur un char d’assaut. Ça sent la choucroute. Vierges en gloire, elles règnent pour mieux câliner une tête assoupie sur leur sein. Et si elles quittent leur fauteuil, c’est pour mieux s’accroupir, pisser, regarder un truc qu’elles ne verraient pas autrement ou juste parce qu’elles se sentent mieux dans cette position. « Ok je vois comment je vais demain ? »

Debout. Françaises et européennes, fières et citoyennes, elles se tiennent droites, dans une verticalité voluptueuse. Elles manifestent leur honneur et leur plaisir, sans contradiction. Marianne Maric identifie bien les attributs du pouvoir, auxquels elle aime associer la vulnérabilité d’une présence humaine. Bien-sûr qu’elle a le droit de parader sous les drapeaux d’un pays qui érige son prénom pour égérie. Bisous. Ses sujets peuvent être de marbre, même si ses statues semblent toujours bouger. Elles traînent dans les musées et provoquent leur reflet dans les vitrines. Mères, elles pressent leur téton et présentent leurs respectueuses et sincères salutations. « Bref on peut s’appeler cet après-midi si tu veux ? »

Couchées. Avec une prédilection pour les chattes et les chatons, Marianne Maric chérit la langueur. Rien à voir avec ces pin-up qu’on épingle. Viscéraux et envoûtants, les portraits de ses copines allongées transpirent une sensualité indélébile. Souvenons-nous de l’internat où ses camarades de chambre se donnaient parmi ses premiers objets. Il y avait quand même autre chose à faire que dormir. Alors on se repose sur les arabesques d’un tapis ou sur l’humidité silencieuse d’une pierre tombale. Le minéral et la chair ignorent tout de la pudeur. C’est du sérieux. Notre reporter se risque sur tout terrain, insaisissable parmi les gisants et les courtisanes. « Est-ce que tu me permets de faire pipi ? »

Marianne Maric photographie. Par sa connaissance intime de l’Histoire des tableaux et l’acuité de ses visées, elle immortalise son entourage, tour à tour rousse spectrale, harem dans les vapeurs floues de bains turcs ou préférée des catins. Vie et mort, divertissement et menace, piste de bobsleigh et bombardements, se voisinent tendrement dans ses cadrages. Il s’agit de garder les yeux ouverts, et tant pis pour les insomnies. D’ailleurs à force de veiller, on voit le soleil se lever. Toujours plus à l’Est, de la France ou de l’Europe, son orientalisme s’affirme alsacien et balkanique. Forcément extrême à trop frôler les frontières d’une géographie et d’une mémoire morcelées. Le tout s’apprécie nécessairement en vrac. Miaou. Princesses sur trône, guerrières bien stoïques et odalisques musquées. Assises. Debout. Couchées.

Publié à l’occasion de l’exposition personnelle Filles de l’Est de Marianne Maric à La Filature, Mulhouse

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