Portrait de Guillaume Valenti

Guillaume Valenti captive. La sincérité de ses pièges fait stopper net celui qui s’aventure dans le périmètre de ses toiles, hameçonné par la clarté métallique des atmosphères, la complexité des compositions, la frontalité de ce qui s’y donne à voir. Seul le grésillement sourd des barres de néons semble perturber ces espaces frigorifiques. Les salles sont dépouillées. Les vitres sont propres. La lumière est stable. Tout est fait pour que rien ne bouge. Les endroits dépeints sont de fait, plutôt repoussants, nécessairement inhospitaliers. On s’y sent comme dans n’importe quelle galerie ordinaire, relique d’un temps qui croyait en l’apparition désincarnée d’une œuvre, hors de tout, imperméable à la sensibilité du monde. C’est-à-dire mal. La première impression relève ainsi d’une attraction funeste, de ce magnétisme masochiste qui rend fascinant un sujet désagréable. Nous faisons face au zoo du milieu de l’art. Et pourtant, un pouvoir agit, la virtuosité aidant. Car au-delà de l’image, ce sont des plaisirs de peintre qui se jouent là. En surface, et surtout pas sur les tranches. Pour mieux sévir, l’artiste opère par un subtil collage de plusieurs dizaines de sources pour un même tableau. Il brouille les pistes de la reconnaissance pour célébrer des visions génériques, des fictions crédibles. S’opère une synthèse fabuleuse, fusionnant les calques d’une vie entière d’esthète. Un nectar rétinien. En fait, est peint l’espace entre les choses. Cette juste mesure qui décide que deux œuvres sont mieux ainsi, à telle distance. C’est à ce titre que ces peintures représentent une essence du commissariat d’exposition. Montrer comment montrer. Peut-être est-ce pourquoi nous nous maintenons captifs, et avec satisfaction, dans les cages visuelles de Guillaume Valenti.

« Apparemment, j’ai une très mauvaise vue. »

Publié dans le catalogue du 62e Salon de Montrouge

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