Tetra

Octave, Pablo, Gaëlle et David ne sont ni un collectif, ni une fratrie, ni une entreprise, ni une association, ni une signature, ni un flirt, ni un cercle.

Ils sont un quadrilatère. D’autres encore participent à leur géométrie mais c’est bien au final une figure à quatre côtés qui scelle leur concorde. Trapèze, parallélogramme, losange, rectangle ou carré, le caractère du polygone qu’ils dessinent dépend du contexte de son inscription. Rien de scientifique ici, mais bien une mathématique sentimentale. L’angle que chaque individualité ouvre est mobile et demeure une articulation souple. L’une ne peut bouger sans emporter dans son mouvement, les trois autres.

Ils sont une bande. Au départ, des potes d’école se trouvent des affinités et rigolent beaucoup. Ils se moquent des autres, se blâment entre eux, l’humour devant cimenter pour longtemps leurs relations. Issus d’une même promo, ils grandissent en saisissant quelques mécanismes du milieu de l’art tout en bénéficiant d’une formation bienveillante. Le rire est leur confiance. Leur amitié est un moteur. Ce qui les distingue d’une crew quelconque, c’est cette faim sérieuse qui socle leur élan. Avancer seuls et avancer ensemble.

Ils sont un combo. Et adorent manger c’est certain. Leurs pratiques témoignent d’une gourmandise manifeste, de celles qui en font passer beaucoup pour anorexiques. Le festin est permanent, formes en force, couleurs en puissance, et nécessite des recettes renouvelées. Les factures évoluent, leurs combinaisons également, ce qui multiplie les menus de façon exponentielle. Ils font leur propre cuisine et marient les ingrédients sans se soucier de plaire, avec pour seule envie que cela soit bon. Sucré. Salé. Aigre. Doux.

Ils sont une team. L’esprit d’équipe répond à la gnac d’un coach imaginaire, présent dans la tête de tous, somme des humeurs de chacun. Le fair-play est de mise. Une carrière d’artiste est un sport. L’endurance ne les effraie pas. La performance les excitent. Aujourd’hui la solidarité se cultive, elle se joue en groupe. Les mécaniques qu’on roule, les raclées qu’on se prend, font partie du contrat pour grimper d’une ligue à l’autre. Toujours, avoir l’allure mousquetaire, les muscles bandés, la vigueur bien apparente.

Ils sont une guilde. Et partagent une obsession du faire. Célébrer la besogne, sans non plus en chier à longueur de temps. Tous fabriquent, avec leurs moyens propres, et affichent une prédilection pour le champ de la sculpture, celle-ci pouvant être plate. L’image précède l’œuvre. L’image succède à l’œuvre. Quoiqu’il en soit pour ce corps de métier-là, le matériau est usiné avec l’obstination de l’orfèvre. L’artisanat passionne. L’industrie fascine. Et la complémentarité des savoirs-faires fait de leurs évènements une épopée corporative.

Ils sont une compile. Sur un même album à durée indéterminée, s’enchaînent des pistes aux transitions fondues ou superposées. Parfois faut sauter un morceau et y revenir plus tard. La pochette est un peu criarde. Des beats pouraves aux sonorités les plus savantes, on ne s’interdit rien. Enfants des nineties, nos teufeurs s’enivrent sur des rythmes graves. Le dj set vrombit dans un décor de pacotilles qui prolonge encore l’adolescence. Les folklores sont considérés. Les featurings pleuvent. Danser pour danser. Shebam. Pow. Blop. Wizz.

Ils sont une meute. Cet instinct qui dès le départ les a réunit, trouve aujourd’hui des résonances plus stratégiques. Moins obligés qu’une famille, nos compères forment un clan qui rôde dans les fêtes, qui sévit dans les ateliers, qui paradent quand il le faut. Ces héros ont des pouvoirs qu’ils veulent complémentaires. Leur gang est connu des services. Jusque-là deux avatars du monstre qu’ils constituent ont été répertoriés, sur les abords reconvertis d’un fleuve puis la périphérie orientale d’une métropole. Qui sait combien de fois il surgira.

Ils sont quatre.

Ils sont.


Ce texte a été composé pour Octave Rimbert-Rivière, Pablo Réol, Gaëlle Choisne et David Posth-Kohler dans le cadre de leur publication édité par Rotolux en 2016. 

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