Communiqué pour Morgan Courtois

Les huîtres ne naissent pas en Méditerranée.

Elles sont déplacées dans ces eaux sans marées pour y murir leur chair. Plusieurs artifices déterminent alors leur croissance, agrégées dans d’impressionnants parcs d’affinage. L’ostréiculture est une pratique très inventive, concevant de formidables structures auxquelles sont fixés les mollusques, en dépendance avec ces supports qui soclent leur maturation. Aux abords du delta du Rhône, plutôt qu’en élévation verticale, une technique consiste à maîtriser l’immersion de tables d’élevage, accélérant arbitrairement dans des bassins, la fluctuation lunaire de l’océan. Les coquillages subissent alors une gymnastique qui muscle leur viande, se fermant, s’ouvrant, selon s’ils se trouvent à l’air ou pas. Ici aux portes de Lugdunum, Morgan Courtois travaille pareillement à bousculer le niveau de l’eau.

C’est jamais le bon moment.

Au fil des saisons, le fleuve qui voisine son actuel atelier, monte et descend. Les crues, jadis spectaculaires, assurent au sol qu’elles irriguent, une humidité particulièrement tactile, un matériau onctueux, de cette argile disposée au modelage. Carcasses nacrées ou pas, les sculptures de Morgan Courtois relèvent d’une ligne de flottaison, une horizontalité propre, qui décide si tout stagne, si la boue est encore meuble ou si au contraire les trucs sont prêts à sécher, à se flétrir, à craqueler leur minéralité. Ses bouquets déjà, marquaient un calendrier dont il était le seul maître. Le changement climatique devient une signature. Il y a des joies contre-nature. Là, il a envie d’hiver, peut-être d’un château trop grand à chauffer, d’une crèche polaire. L’étoile du berger est une émoticône boursouflée branchée sur secteur.

Du made in Taiwan fait main

La grande distribution s’empare d’une imagerie générique s’autorisant d’étranges libertés d’interprétation. Ainsi nos vitrines sont peuplées de caricatures grossières, résultant de digestions anonymes successives. Ces façades, pourtant promontoires de l’idéal, multiplient les Vénus, et que l’on consomme leur corps ou contemple leur perle, l’étirement de leurs traits fait rougir le plus extravagant des maniérismes. Ces coquettes affichent une élégance toujours démodée. Morgan Courtois tâte par là, à la recherche du poulbot contemporain, dans un plaisir frontal de façonner. Il caresse le buste d’une sirène qui se hissera hors-sol pour mieux enfiler sa fourrure, hermaphrodite en offrande, muse en mandorle. Nous aurons comme il se doit, à l’avaler vivante.

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