Entretien avec Maude Maris

L’artiste n’est pas une machine. L’atelier n’est pas une usine. Pourtant, une productivité, disons une générosité, caractérise ton travail. Difficile d’assumer la pénibilité comme critère de qualité. Peux-tu développer ton rapport au labeur ?
C’est vrai que ma production peut sembler prolifique, sans doute parce que c’est à travers la série que ma recherche peut se développer et que de plus en plus je conçois ces séries comme des ensembles répondant à un contexte d’exposition. Pour autant il y a un temps nécessaire d’inactivité entre chaque série, on peut donc dire que le travail est concentré sur des périodes données, ce qui nous éloigne du sens du mot labeur, qui indiquerait un rapport au temps beaucoup plus long. Et finalement le plaisir de peindre et la joie de l’exploration surpassent toujours la dimension de pénibilité!

Le lien entre effort et satisfaction est fascinant. Gardes-tu tout ce que tu produis ? Y a-t-il dans ton processus, de la place pour la perte ?
Je garde presque tout, particulièrement en ce qui concerne les peintures, car si l’une ne me convainc pas, il y a toujours quelque chose d’intéressant à retenir. En cas de doute, je la conserve au moins une année avant de la détruire. Si le même sentiment est resté, je n’ai plus aucun scrupule à la faire disparaître et j’en garde toujours une trace photographique. Pour les installations, elles sont le plus souvent liées au lieu pour lequel elles sont conçues donc il est plus facile de les évacuer et en général je les recycle pour des projets ultérieurs.

A Moly-Sabata, seules tes peintures sont présentées. Elles affirment l’autorité du cadrage pictural. Envisages-tu la pratique de l’installation comme un voyage physique au cœur de tes tableaux ?
Oui c’est exactement ça, comme un retour au volume, à la troisième dimension qui est à l’origine de mes tableaux, avec un passage à une échelle encore différente, un moyen pour déplacer les choses dans le travail. C’est une sorte de cycle nourrissant, en parallèle de centres d’intérêts extérieurs. Le volume est donc présent avant la peinture, comme une entrée avec les petits moulages et comme une sortie avec les installations.

Vu le potentiel de sujets qui existent déjà autour de nous, pourquoi fabriquer toi-même ceux de ta peinture ?
Le fait de fabriquer le sujet de ma peinture s’est plutôt présenté comme une nécessité dans mes recherches qui étaient déjà orientées vers l’objet et son échelle, j’ai eu besoin de pouvoir manipuler l’objet, de le voir sous divers angles et de provoquer des surprises stimulantes durant son élaboration. Par ailleurs, ce processus est aussi témoin de mon intérêt pour la sculpture et de mon attention au passage entre deuxième et troisième dimension.

Ta facture est impeccable et revendique une exécution propre. Est-ce important de bien faire ? Quel rapport entretiens-tu avec cet appétit de bonne réalisation ?
Oui je considère que lorsqu’on développe un langage plastique on s’efforce de le mener le plus loin possible, or l’enjeu pour moi est de représenter de manière très réaliste des objets abstraits, ou peu reconnaissables. Donc pour créer cette tension il faut que la réalisation soit convaincante.

Finition, finitude. Peux-tu formuler quelques indices qui te signalent qu’une toile est terminée ?
Un équilibre spatial qui doit sembler fragile, une chromie légèrement dissonante. Le tableau doit pouvoir se regarder de près comme de loin, il doit y avoir une surprise à chaque distance.

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