Portrait de Julie Digard

Julie Digard peint. Elle applique, comme le veut la tradition, de la couleur sur une surface plane. Plusieurs sursauts secouent cette définition simpliste alors que l’artiste oeuvre à affiner sa propre pratique du medium. Elle n’est bien-sûr pas la première à le faire, et sa clairvoyance révèle un éveil à l’histoire de la peinture qui la protège de quelques répliques stériles. Façonnée par plusieurs années aux Beaux-Arts de Saint-É, sa facture a aujourd’hui pris un courageux élan, pour s’autoriser une ampleur inédite, conforter des intuitions croustillantes, oser plus encore.

Julie Digard n’aime pas le mot Tableau. Aventurons-nous ici à la réconcilier avec ce terme formidable. Ses huiles peut-être, son cadre sûrement, sa conservation en musée ou son marché partout ailleurs, enferment la dénomination dans un penchant mortifère dont il est légitime de vouloir se méfier. Celle-ci décrit pourtant une configuration militante, un verrouillage sain de choix qui ne se fanent pas pour autant. Y est déterminée une scène rayonnant par son unité. L’autonomie y est pleine. Le bonheur.

Julie Digard a résidé à Moly-Sabata. Outre la jouissance d’un atelier et d’une équipe à son service, elle a pu développer des familiarités avec d’autres acolytes séjournant
simultanément sur place. Parmi les félicités du planning, difficile de cacher son voisinage avec un des douze acteurs historiques de l’élan Supports/Surfaces. Une quarantaine d’années séparent l’âge des peintres et pourtant leurs écritures se tutoient. D’autres éléments circonstanciels imbibent ces productions spécifiques, il n y a qu’à deviner sous la couleur, les contours de bois flottés offerts par le Rhône.

Julie Digard cultive une garde-robe joyeuse. On pourrait s’en foutre mais le constat ne semble cependant pas dénué de sens lorsqu’est observé le casting de textiles avec lesquels l’artiste travaille. Gammes ensoleillées et motifs tranchants, c’est toute sa collection de foulards qui tremble de se retrouver clouée en une configuration murale ou écartelée sur un châssis. Le montage est habillage. Partout, se diffuse une gourmandise dans l’ouvrage, proche des plaisirs de l’assortiment vestimentaire dont l’exposition est le miroir.

Julie Digard signe des séries. Ainsi Les fluos, Les assemblages, Les croûtes et Les notes lui ont permis d’approfondir selon le classement générique de ses envies, plusieurs directions au sein de sa linguistique plastique. Cette méthode n’exclut en rien l’exception, puisque La grande composition concentre par l’étendue de son énergie, une suite à elle seule. Humeur et endurance trouvent ici satisfaction, jusque dans cet ensemble d’empiècements
raccommodés, élaboré dans une hygiène éphéméride pour mieux témoigner de soixante-deux jours de résidence.

Julie Digard n’a pas encore l’habitude de voir son nom dans un texte. Celui-ci est consacré à sa production, alors pour l’aider, répétons-le. L’intégralité de cette présentation a été réalisée pour nous, aujourd’hui, à La serre. Que chacun contribue au rayonnement de cette première monographie afin que les occasions en sa faveur se multiplient et que s’épaississe la visibilité d’une démarche en pleine éclosion. A être synthétique, beaucoup peuvent y avoir du mal. C’est une heureuse difficulté, un défi cubiste, un effort d’auteur. C’est cette fois chez notre artiste, chose faite. Regarder.


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’exposition de Julie Digard en septembre 2015 à La serre à Saint-Etienne. Elle est la lauréate du Prix Moly-Sabata 2015.

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