I ♥ DH

Il est le plus médiatique des Young British Artists, génération déjà très populaire grâce à l’élan de diffusion dont elle a bénéficié dès les années quatre-vingt-dix. Damien Hirst accumule les superlatifs en bousculant régulièrement le marché de l’art. Chérissant le spectaculaire, habitué au démonstratif, on peut se demander pourquoi il n’a pas encore été invité à investir notre Château de Versailles. Mais actuellement, c’est une toute autre mégalomanie qu’il expérimente en exposant simultanément à New York, Beverly Hills, Genève, Rome, Athènes, Hong-Kong, Londres et Paris. Cette ubiquité peut permettre à chacun, paradoxalement, d’oublier un peu l’homme d’affaire en approchant l’artiste. Vérification de part et d’autre de La Manche.

L’aventure The Complete Spot Paintings 1986-2011 se déploie dans toutes les galeries du marchand Larry Gagosian, soit onze adresses, huit villes, sept pays et trois continents. L’initiative permet de dérouler vingt-cinq années d’un pointillisme quadrillé. La même trame a subi des centaines de déclinaisons, négociant ainsi l’essoufflement d’un motif avec simplement des pois, des couleurs et des rythmes. La frontalité des outils plastiques déconcerte lorsqu’on la lorgne avec méfiance sur une reproduction, mais interpelle quand enfin on rencontre physiquement les toiles. Et l’occasion en France, est rare.

Dans le huitième arrondissement, un contraste harmonieux confronte la façade haussmannienne que l’on pénètre et les tapisseries de points colorés qu’elle abrite. D’emblée, notre attention est surprise par l’humanité qui suinte malgré tout de ce projet mécanique. Car derrière chacune des œuvres de la série, se cache certes la pensée du créateur, mais aussi des petites mains qui tracèrent avec application les gourmandes pastilles. La qualité chromatique de leur organisation chatouille nos rétines, phénomène optique que l’on ne prêtait initialement pas à l’aridité supposée du projet. La présentation investit les deux niveaux de l’endroit, les récentes au rez-de-chaussée, les anciennes à l’étage.

jusqu’au 10 mars 2012
Galerie Gagosian
4, rue de Ponthieu – 75008 Paris
Tél. : 0175 00 05 92
du mardi au samedi de 11h à 19h

C’est dans le luxueux quartier de Mayfair que se trouve le plus modeste des espaces du galeriste américain. Ici s’alignent les petits formats, supports de minuscules ronds, mais aussi de formes tronquées par les bordures du châssis. Le parti pris fonctionne bien et propose un accrochage apaisé, presque discret.

jusqu’au 18 février 2012
Galerie Gagosian
17-19, Davies Street London W1K 3DE
Tél. : 44 207 493 3020
du mardi au samedi de 10h à 18h

Et à quelques pas de la gare St-Pancras qui relie les deux capitales, on retrouve la démesure associée à Damien Hirst avec d’immenses volumes généreusement occupés par des œuvres de toutes tailles. L’approche frôle ici l’encyclopédique et insiste peut-être plus qu’ailleurs encore, sur l’universalité de ces compositions abstraites aux connotations faciles et nombreuses. Le champ lexical des titres, emprunté au domaine chimique fait directement écho aux signes pharmaceutiques qu’emploie l’artiste dans un pan de sa production. Dans la dernière salle, plusieurs pièces révèlent des clés quasi décevantes tant on s’était habitué au mutisme des combinaisons. Un système de correspondances associe toute teinte à une lettre et autoriserait à déchiffrer des sentences dissimulées dans chaque artefact.

jusqu’au 18 février 2012
Galerie Gagosian
6-24, Britannia Street London WC1X 9JD
Tél. : 44 207 841 9960
du mardi au samedi de 10h à 18h

Ce n’est pas parce qu’une grande manifestation est consacrée à cette suite d’œuvres, que celle-ci se voit clôturée. La gamme continue. L’artiste a fait démarrer en 2011 le projet « One-million-spot-painting » dont la réalisation s’étale sur neuf ans et demi.

Comme les britanniques ont ce talent du pop pour motiver les foules, un défi a été lancé invitant qui veut, et qui peut, à parcourir le monde pour approcher chacune des étapes. Il suffit de s’enregistrer en ligne et faire tamponner une carte auprès des onze localisations. De cette manière, vous gagneriez une sérigraphie que l’artiste vous dédicacera personnellement.

Consulter l’article publié le 14.02.2012 sur Artnet.fr

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