Paris, Cherbourg : Austérité sentimentale

De l’irrésistible hôtel particulier à l’architecture radicale périurbaine, Patrick Faigenbaum investit deux contextes opposés pour mieux donner à voir l’homogénéité de sa production. Ici, ailleurs, demeurent des clichés exigeants et silencieux, figés dans la gélatine de tirages argentiques.

L’arrivée à l’Hôtel Scheffer-Renan par l’allée qui le sépare de la rue impressionne toujours. Le Musée de la Vie romantique fait partie d’un réseau municipal de lieux d’exception, accueillant parfois de l’art contemporain. Les initiatives de la Ville dans ce cadre sont généralement heureuses, et l’invitation faite à Patrick Faigenbaum apparaît toute aussi intrigante qu’évidente. On connaît de ses œuvres, leur sérénité triste, et c’est donc avec excitation que l’on s’engage dans la découverte de leur potentiel dialogue avec la mélancolie du XIXe siècle. Quatre-vingts photographies sont ainsi présentées dans les deux communs du pavillon. Dans les premières salles, des images minérales accompagnent les séries immortalisant la mère de l’artiste, ultime représentation de celle qui donna la vie alors qu’elle s’apprête à la perdre. Définitivement portraitiste même en l’absence de visages, le photographe qualifie une ville par ceux qui l’habitent et fait habiter d’une humanité singulière les prises de vues où personne ne figure. L’ensemble de l’exposition se focalise sur le pays parisien, documentant l’intimité de la capitale tout en s’autorisant des promenades franciliennes.

jusqu’au 12 février 2012
Musée de la Vie romantique
16, rue Chaptal – 75009 Paris
Tél. : 01 55 31 95 67
du mardi au dimanche de 10h à 18h

Et depuis le cœur du neuvième arrondissement, la Gare Saint-Lazare est toute proche, et trois heures plus tard après avoir traversé le Cotentin en Corail Intercités, vous arriverez à Cherbourg-Octeville. Le Point du Jour se situe à proximité de la gare, et se distingue facilement par son bâtiment inauguré en 2008, qui dote après une dizaine d’années d’activité une association qui œuvrait jusque-là sans espace dédié. Modeste et manifeste, le cube tronqué est tapissé d’un revêtement argenté qui évoque littéralement le médium auquel la structure se consacre. À l’intérieur, le sol de bitume perturbe mais offre effectivement une surface sombre qui socle d’emblée l’accrochage. Celui-ci est relativement dense, lorsqu’on le compare aux habitudes du photographe. Il retrace trente-cinq ans de production, en prenant pour prétexte, les images en noir et blanc. L’intelligence de cette belle frise est d’en transgresser la règle, en laissant surgir quelques exceptions colorées : un homme absorbé dans un tronc noueux ou quelques pêches et citrons. Entre figures et natures mortes se démarquent des portraits de famille, comiques lorsque la lignée pose, stoïque, dans son apparat, poignants quand seuls un ou deux membres se retrouvent isolés mais indéniablement entourés de fantômes.

jusqu’au 22 janvier 2012
Point du Jour
107, avenue de Paris – 50100 Cherbourg-Octeville
Tél. : 02 33 22 99 23
du mercredi au vendredi de 14h à 18h et les samedi et dimanche de 11h à 19h

Signalons que le photographe participe également à une présentation collective montée dans l’espace bruxellois de sa galerie.

jusqu’au 25 février 2012
Galerie Nathalie Obadia
8, rue Charles Decoster -1050 Ixelles-Bruxelles
Tél. : +32 (0) 2 648 14 05
du mardi au samedi de 14h à 18h

Patrick Faigenbaum ne contourne en rien la puissance mortifère de son médium, négociation permanente entre le vif et le coi. Depuis des décennies, il formule un imagier sentimental qui fuit le spectaculaire pour imposer sa propre temporalité, à l’image des sujets dont il se préoccupe, digne et humble.

Consulter l’article publié le 20.01.2012 sur Artnet.fr

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